Si nous eussions le choix de troquer les six mille personnes honorables, écrasées dans la dernière catastrophe, contre six mille barbouilleurs de papier, quel est celui d’entre NOUS qui eût hésité, — ne fût-ce qu’une seconde ?
Il accuse des ignorances confondantes, signale, à Saint-Malo,
le tombeau d’un ancien ministre de Charles X, le vicomte de Chateaubriand, dont quelques travaux ethnographiques sur les Sauvages ont été, paraît-il, remarqués.
Il estime Rocambole « trop métaphysique », trop abstrait pour son intellect ; et, d’autre part, il semble au fait du système d’Hégel qu’il dénomme « le Nabuchodonosor de la philosophie ».
On le croirait inexpugnable dans l’épaisseur de son sens commun, ferme comme un rhinocéros sur les quatre jambes de sa sottise. Et pourtant il subit des peurs superstitieuses, des affres devant le Mystère, des paniques qui confinent à la vésanie. Il décline vers le plus sombre gâtisme, mais, jusqu’au bout, maugrée contre l’existence de l’Invisible :
Toujours, les étoiles ! Ça n’en finit pas.
Même plus qu’à demi trépassé, il ricane, il goguenarde, s’obstine à d’inadmissibles calembredaines. Mais Dieu le renvoie parmi
les farceurs, afin, dit-il, que votre nombreuse personne inspire, là-bas, quelqu’une de ces pages de feu, de honte et de vomissement que, de siècle en siècle, l’un de mes soldats crache en frémissant, au front de vos congénères.
Dans l’ironie de Villiers le caprice du sceptique et le surnaturalisme du croyant coïncident sans trop s’accorder. Il cloue Bonhomet, tel qu’un vilain oiseau, sur la porte de l’éternelle Justice ; son dégoût proteste contre un siècle qui ne veut pas se reconnaître en lui, où il se voit un revenant, un exilé d’une autre ère. Il croit donc à la réalité de Bonhomet, il l’exècre ; et, en même temps, il se joue de lui comme d’une ombre grotesque suscitée par son rêve, et que, d’un souffle, il dissipera.
Cette contradiction tient à la déplorable emprise qu’eurent Fichte et Hégel sur sa jeunesse : si l’univers est une fantasmagorie de la pensée, libre au poète de se divertir des simulacres qu’il anime, d’envisager les êtres selon lui, non selon eux.