[118] Paradis, XXVIII, 37. Voir aussi l’opuscule attribué à saint Thomas sur la béatitude et les conférences du R. P. Janvier (Carême de 1903) sur le même sujet.

L’historien d’une sainte Catherine de Gênes définira en elle la joie du repentir. Le biographe d’Eustochium, la très pure et charmante amie de saint Jérôme, s’attachera aux joies de la virginité.

Le pieux auteur s’est gardé de tourner ses portraits en méditations édifiantes ou en sèches études de sentiments. Comme dans une Légende dorée, mais d’où seraient bannis les miracles invraisemblables et les trop naïfs détails, il choisit les moments les plus expressifs d’une destinée, ses parties dramatiques. Des anecdotes, des extraits de lettres nous introduisent, de plain-pied, près de saintes et de leur entourage.

Bien qu’il ait cru devoir associer à des figures lointaines quelques mystiques plus modernes, Thérèse d’Avila, Marguerite-Marie, il a compris que la nouveauté serait de ranimer surtout des chrétiens des premiers siècles.

Revenir aux sources, c’est le grand attrait. Le commun des lecteurs connaît fort mal l’Église du temps des Pères et se plairait à la connaître.

Si l’on veut s’assimiler la pleine joie catholique, il semble rationnel de la saisir en sa floraison native. Le Christianisme se présentait comme la voie du bonheur. Au moyen âge, les épouvantes du Jugement, l’ombre pénitentielle des cathédrales offusqueront d’une anxiété cette candide espérance. Villon, dans sa Ballade fameuse, fait dire à sa bonne femme de mère, devant les vitraux où elle voit peints l’enfer et le paradis :

L’un me fait paour, l’autre joie et liesse…

La peur avant la joie, n’est-ce pas, en germe, l’effroi janséniste vis-à-vis de l’éternité ?

Au siècle de saint Jérôme, et, plus encore, au temps des Apôtres, la Parousie se révélait comme la grande fête promise aux Saints, la gloire du Christ attendue, la soumission ultime des créatures au Vainqueur de la mort.

Le Paradis était vu très simplement : dans un pacage, au milieu des brebis, le bon Berger avec sa houlette ; ou, comme à Alexandrie, sur la peinture murale rapportée de la crypte d’Abou-Girgeh, un Saint en robe jaune, auréolé, parmi des fleurs vertes et roses, près d’un poisson mystique, en face d’un homme et d’une femme debout dans leur nudité d’innocence. Pour les persécuteurs et les impies la menace du châtiment surgissait ; les fidèles n’envisageaient, après les brèves tribulations et le feu purificateur[119], que la joie sans fin.