Il était dit que, pour Bernard, le fiel devait se mêler au vin des consolations comme dans le breuvage dont le Christ ne voulut pas goûter. Paulette, au lieu de se rendre à l’école l’après-midi du dimanche et d’y subir sa punition, avait caché sous son oreiller la lettre de la directrice.

— Je ne la montrerai point, avait-elle d’abord décidé ; demain la directrice me renverra et je ne retournerai plus dans sa boîte.

Ensuite, elle eut peur, malgré tout, d’une comparution devant cette respectable dame. Impatiente, en outre, de savoir si son père l’enverrait à Paris, elle cherchait à provoquer un éclaircissement. Au retour de la promenade elle se prit, d’une manière subite, les tempes entre ses mains.

— Oh ! s’exclama-t-elle, ma retenue que j’ai oubliée ! Le départ de maman me fait perdre la tête.

Elle courut à sa chambre et redescendit avec la lettre.

— Voyons ! dit Bernard sans courroux, — il ne s’attendait qu’à une espièglerie, — quelle affaire t’es-tu mise encore sur les bras ?

Mais le mouvement de Paulette lui présentant un pli cacheté l’attrista, comme une répétition méchante du geste qu’elle avait eu la veille en tendant la lettre d’Hélène. Quand il vit le motif de la retenue, le propos qu’on avait surpris : « La messe, tous les jours, ça commence à me barber », sa figure se resserra d’une sévérité insolite.

— Pourquoi, interrogea-t-il, as-tu prononcé cette phrase pitoyable ?

— Je l’ai dit, répliqua Paulette, parce que je le pensais. Je ne suis pas comme Yvonne Cornilleau qui fait la bigote pour plaire à Mme la Directrice.

— Paulette, allons, tenta d’insinuer Adèle, ne te montre pas plus vilaine que tu n’es.