Paulette se retourna contre sa sœur d’un air de petite furie.

— Toi, d’abord, tu n’as pas voix au chapitre. Et puis, toi, tu es aussi arriérée que le vieux cuir du rasoir de papa.

— Alors, intervint Bernard, tu crois que s’ennuyer à la messe, c’est prouver qu’on est très avancé et intelligent ?

— Je n’en sais rien, mais je sais que je m’y ennuie. Maman a raison : je n’ai pas la dévotion dans le sang. Que veux-tu ? Je suis une Restout, moi… Il est temps que je m’en aille vers maman. Elle veut que je sois avec elle. Quand me prendras-tu mon billet ?

— Paulette, mon enfant, dit Bernard d’un ton de tranquille fermeté, ne compte pas que je te laissera partir. Ta place est sous mon toit avec ta sœur et ton frère.

— Eh bien ! je partirai sans ta permission.

— Tu ne partiras pas sans argent ?

— Oh ! j’en trouverai. Il y a des gens qui auront pitié de moi.

— Et tu ne sais pas que je te ferais ramener par les gendarmes ?

— Maman me cachera ; elle me défendra contre les gendarmes ; et, s’ils me ramènent, je me jetterai sous les roues du train.