— Qu’as-tu, mon petit père ? Réponds-moi… Il n’est pas mort, dites, il n’est pas mort ? Jésus, ayez pitié de nous !
Le missionnaire souleva péniblement la tête inerte et vit que le coin de la bouche paraissait tordu, comme paralysé.
— Une simple petite attaque, dit-il sans perdre son calme, en dégageant de la chemise le cou osseux de Bernard, et il insinua sa main vers la poitrine.
— Le cœur bat. Rassurez-vous, mon enfant. Vite, chez le pharmacien.
Avant qu’il eût achevé sa phrase, Adèle se précipitait à la pharmacie du carrefour. Elle ramena le praticien avec deux passants dont elle invoqua l’aide. On allongea Bernard sur le canapé ; l’énergie des révulsions, au bout d’une demi-heure, parvint à le ranimer. Les quatre hommes le transportèrent, sans qu’il proférât une parole, en haut, sur son lit. Charles, qui dormait couché, se dressa, pris d’épouvante, et fondit en sanglots. Le Père Lecoq s’offrit à courir au médecin, à chercher une garde-malade.
— On ne peut, dit-il, le laisser là, seul avec ces enfants, ni l’emmener, ce soir, à l’hôpital.
Bernard demeurait hébété ; ses yeux, comme éteints, semblaient insensibles à ce qui se passait devant lui. Mais, un long moment plus tard, il balbutia :
— Qu’arrive-t-il ? Où suis-je ? C’est donc la nuit ? Adèle, es-tu là ? Donne-nous de la lumière.
Adèle lui répondit doucement en approchant la lampe :
— J’ai allumé ; regarde.