Et il ajouta, par un retour d’égoïsme enfantin :

— J’ai soif. Adèle, fais-moi une infusion.

Quelques braises végétaient sous de la cendre au fond de la cheminée. Il n’y avait plus à la cave qu’une dizaine de bûches ; Adèle les ménageait comme si, après elles, ce dût être la fin de tout dans la maison. Elle écarta cependant les cendres et y posa un coquemar plein d’eau pour l’infusion de Charles.

L’œil sur la pendule, elle attendait, tourmentée jusqu’à la détresse, le médecin et la garde-malade. Le missionnaire était allé prévenir Brouland ; pourvu qu’il l’eût rencontré ! Mais, au moins, la garde-malade ! Si l’état de son père s’aggravait brusquement, que pourrait-elle afin de le soulager ?

Quelqu’un entra dans le magasin ; une voix de femme appela :

— Personne ?

Adèle, descendant avec sa lampe, aperçut le voile noir d’une religieuse de la Miséricorde, svelte et grande, la croix de cuivre sur sa poitrine, et un visage de bonté qui souriait au sien :

— O ma sœur, vous nous sauvez la vie !

Elle lui racontait l’accident, lorsque Brouland survint qui s’était, par bonheur, trouvé chez lui. Bernard, en l’entendant, sortit de son abattement léthargique ; il essaya de parler ; sa langue était encore pâteuse et bredouillante ; et sa vue s’obnubilait davantage. Il dit au médecin :

— J’ouvre les yeux, je ne distingue qu’une buée, comme une vapeur d’étuve. Êtes-vous donc dans les ténèbres ? Je n’aperçois même point les lignes de votre corps. Adèle, es-tu là ? Est-ce que je deviens vraiment aveugle ? Ce serait un coup de foudre pour nous.