A l’énergie de son appel, sa fille et sœur Marie avaient deviné le merveilleux changement. Effarée d’impatience, Adèle s’élança la première.
— Ah ! s’écria-t-elle, je vois que tu vois !
En la regardant courir à lui, il reçut une commotion d’ivresse ; des larmes joyeuses coulèrent de ses yeux ressuscités.
— T’avais-je vue avant aujourd’hui, murmura-t-il quand il l’eut pressée entre ses bras, t’avais-je aimée, mon enfant ?
Sœur Marie, puissamment émue, s’était arrêtée au seuil de la chambre :
— Vous voilà, proféra-t-elle, de plain-pied avec le Paradis.
Adèle, dans son bonheur, l’embrassa et répondit :
— C’est vrai ; à présent qu’il n’est plus aveugle, tout me paraît, à moi aussi, plus clair et plus beau ; et je me figure que cette joie durera toujours, toujours…
Elle joignit ses mains devant la petite croix d’ivoire ; ils dirent ensemble le Te Deum des allégresses miraculeuses. Comme sœur Marie se tournait ensuite vers son malade :
— Ma sœur, exprima Bernard d’un ton d’aménité respectueuse dont elle s’égaya, vous me permettrez maintenant de vous regarder et de faire connaissance avec le visage de ma bienfaitrice ; car vous avez divinement coopéré à ma guérison.