Bernard allait jusqu’au bout d’une évidence que d’autres eussent éludée par des subterfuges d’amour-propre :

— J’ai été faible, je le suis et le serai jusqu’à la fin. Il y a des hommes nés pour commander. Il y en a dont toute l’ambition doit se réduire à se maîtriser eux-mêmes…

Néanmoins, il retournait dans un sens de paix cette conclusion accablante :

— Par moi, je ne puis rien, et cela vaut mieux. Autrement j’aurais l’illusion d’être quelque chose comme j’ai eu celle de posséder quelque chose. Je n’attendrais pas d’En haut ma seule force.

Ainsi Bernard raffermissait en leur sérénité les régions profondes de son âme. Hélène, au contraire, trouvait, pour l’instant, son intérieur détestable comme la viande qu’elle mâchait. Il lui semblait que la punition de Paulette ricochait sur elle, et elle attribuait l’anormale sévérité de son mari à un obscur besoin de représailles contre la noise de tout à l’heure :

— Il ne veut pas s’en prendre à moi ; c’est Paulette qui paie.

Après un intervalle de mutisme boudeur, tandis que Charles s’était mis à bavarder avec ce gazouillement mélodique des enfants qui chantent leur vie dans tous les mots du langage, Hélène dit à Bernard entre haut et bas :

— Cette petite n’a pas d’appétit ; si tu la prives de dîner, elle sera encore plus désagréable.

— Elle mangera quand nous aurons fini, répliqua Bernard à voix plus basse ; mais il ne faut pas céder.

Hélène, alors, se laissa emporter par une de ces impulsions d’où risque de s’ensuivre un désastre. Se tournant vers l’escalier, elle cria très fort :