Adèle haussa les épaules, détourna la tête :

— Oiseau funèbre, tais-toi.

Elle courut à sa mère et se pendit à son cou, sur-le-champ imitée par Paulette qui exagéra. Hélène était encore pâle, trépidante de la commotion, mais s’évertuait à se maîtriser, car, enfin, Jules vivait, elle le verrait ; sa présence serait une force.

— Maman, s’écria, joyeuse de tout, Adèle, c’est tant mieux que l’oncle vienne ! Nous le soignerons, nous le gâterons…

— Oui, appuya Bernard d’un ton grave, comme si cette parole lui coûtait étrangement, c’est un bonheur pour lui…

Mais, trop averti par l’expérience, il n’osa terminer :

— Et pour nous.

III

Un lundi d’avril, vers une heure, deux hommes en uniforme bleu passé, ayant à leur képi du velours et trois galons à leur manche, entrèrent dans la librairie. C’étaient les deux médecins militaires rencontrés par les Dieuzède, l’automne d’avant, à la grand’messe, le docteur Woronslas Glenka et le docteur Brouland. L’un et l’autre avaient leur service au même hôpital, celui justement où Jules était soigné.

Trépané à la suite d’une blessure au sommet du crâne, Jules restait sous la menace de troubles nerveux, de crises épileptiformes, d’idées sinistres et, certains jours, d’une obsession de suicide. En allant le voir, Bernard et Hélène avaient revu Brouland et Glenka. Entre eux et ces médecins s’étaient nouées les relations d’une amitié, semblait-il, passagère. Brouland venait, pour se récréer, à la librairie ; il y feuilletait les livres nouveaux. Glenka, plus dessinateur que neurologue, choyait en Bernard le modèle qu’il avait une fois crayonné, et songeait à faire de ce visage fantastique une série d’études.