— Lequel choisissez-vous, madame ? pressa-t-elle enfin.
La dame rousse fit mine de se lever et de partir, sans rien avoir acheté ; puis, à l’improviste :
— Vous connaissez le docteur Glenka ?
— Oui, madame, dit Hélène s’efforçant de retrouver un ton gracieux, il est de nos amis.
— Il m’a parlé de vous, reprit la visiteuse, je vous sais excellente musicienne. Pour une artiste, comme ce métier de guerre doit être ennuyeux !
Hélène, sourdement vexée d’une compassion mortifiante, lui répliqua :
— Mais, madame, le grand art est de se plier à tout.
Elle atténua cette phrase un peu sèche par des remerciements à l’adresse des personnes qui voulaient bien faire connaître la librairie Dieuzède, et loua en termes sobres le docteur Glenka. La dame renchérit dans un panégyrique exalté. Hélène, pendant qu’elle l’écoutait, lançait des coups d’œil d’impatience parmi les boîtes amoncelées sur le comptoir, comme lui donnant à entendre :
— Finissons-en ; décidez-vous.
L’acheteuse, négligemment, lui désigna enfin ce qu’elle daignait choisir, « du vergé impérial », le plus cher, donc le plus beau.