Tout à coup, Jules pâlit d’une pâleur molle de moribond ; il retomba sans connaissance, en arrière sur le canapé ; le blanc de ses prunelles se fit vitreux, ses lèvres parurent se coudre l’une à l’autre, il se mordit la langue jusqu’au sang ; un peu d’écume fusa au coin de sa bouche, tandis qu’Hélène lui soutenait la tête et, presque affolée, appelait à l’aide Mme Couaneau.

Bernard courut chercher de l’eau fraîche dont il baigna les tempes de son beau-frère ; Hélène, dans son exaspération, à mi-voix, lui reprocha :

— C’est ta faute.

Il ne rembarra point l’absurde attaque mais, penché sur Jules, il lava délicatement la salive rougeâtre collée au creux de son menton.

La cliente intempestive avait fui. Mme Couaneau, apportant une fiole d’éther, soupirait et s’apitoyait :

— Héla ! un si beau garçon ! c’est bien la peine de mettre des gas au monde pour les envoyer à la boucherie !

Jules rouvrit enfin les yeux ; il eut besoin d’un grand effort avant de joindre la minute présente à celle où il avait perdu conscience ; il s’étonna de ces trois figures inclinées autour de lui :

— Mais, balbutia-t-il, qu’avez-vous à me regarder ?

— Mon ami, répondit Hélène, ta première sortie t’éprouve ; tu viens d’avoir une petite faiblesse.

Il sentit l’éther, toucha sur son front des compresses, et imagina ce qui lui était arrivé. De sa querelle avec Bernard lui revenait l’aigreur d’une défaite. Mais il se désespérait surtout de savoir que ses forces l’avaient trahi à son insu. Lui qui méprisait les infirmes comme des « déchets humains », il se voyait atteint au nœud même de la volonté de ses organes, dans le principe cérébral des énergies ! Retrouverait-il jamais son équilibre ?