— Je ne sais plus, répondit-elle, d’un ton quelque peu froid.

La romance commençait par les mots : Celle que j’aime… Elle le savait fort bien ; mais, entre eux, la moindre allusion aux choses de l’amour devenait scabreuse.

Woronslas l’emmena, et tout le monde les suivit, dans la salle à manger où des boissons et des friandises les attendaient. Cette pièce, plus fraîche que le reste de l’appartement, lui servait alors d’atelier. Sur un chevalet, très en évidence, le portrait de Bernard attira les commentaires admiratifs des connaisseurs.

— Vous êtes étonnant, dit Laboré, pour fixer avec des traits presque aériens l’essentiel d’un visage. Celui de M. Dieuzède est délié comme une vision et pourtant d’un précis qu’Ingres n’eût pas désavoué.

— Je dois plus à mon modèle qu’il ne me doit, répondit Woronslas, gracieusement tourné vers Bernard. M. Dieuzède est inestimable…

Bernard, que Sir Macdonald absorbait dans une conversation d’allure sérieuse, n’eut pas l’air d’avoir entendu. Hélène fut heurtée de cette parole ; elle n’en démêlait pas l’intention voilée ou l’immorale désinvolture. Proféré par Woronslas, tout éloge de son mari la blessait. Peut-être ne prétendait-il qu’insinuer :

— Je dois à M. Dieuzède, au portrait que j’ai fait de lui, d’avoir pu connaître sa femme.

S’il estimait vraiment Bernard, Hélène s’était donc, tout à l’heure, abusée sur son implicite aveu ? Elle souffrait de l’énigme, sans comprendre que le tourment de sa curiosité implantait dans son être intime la présence d’un homme qu’elle se targuait d’en bannir. Comme Glenka, s’inclinant contre elle, l’interrogeait :

— Voulez-vous, chère madame, du champagne à la glace ou du thé bouillant ?

Elle fit, par inadvertance, une réponse qu’il put trouver mortifiante :