Meurtrie de chocs poignants et saturée de mollesses tentatrices, Hélène se recueillait, cherchait à ressaisir son être en désarroi. Mais Jules, curieux de ce qui s’était dit entre Sir Macdonald et Bernard, le questionna :
— Ce médecin t’a révélé des choses intéressantes ? J’ai vu que tu lui donnais ta carte.
— Oui, expliqua Bernard après une sourde hésitation, il a rencontré sur le front anglais Fergus Fergusson ; il pourra savoir sa présente adresse ; il me l’enverra.
— Qu’en veux-tu faire ? objecta Jules, plus irrité en apparence que satisfait du renseignement. Laisse-moi le soin de lui écrire, quand j’aurai constitué ma société…
Bernard se douta que Jules tournerait à son seul profit l’opportune indication. Devait-il donc toujours se repentir d’être loyal et confiant ? Mais Jules, sans insister, obliqua vers un autre sujet l’entretien :
— Quel homme fort et beau, ce Glenka ! Ah ! si j’avais une santé comme la sienne, l’avenir que je me bâtirais !… Les femmes qui l’entourent sont visiblement fascinées par lui, sauf cette Mme Macreuse…
— Tu crois qu’elle le domine ? fit Hélène s’évertuant à une intonation négligente.
— En tout cas, elle l’a dominé.
— Est-ce possible ? Une créature dénuée d’illusion, venimeuse avec volupté, peut-elle donc faire accroire qu’elle aime ?
— Elle est perverse, puissante, drôle quelquefois. Elle l’amuse, elle l’humilie peut-être. C’est ce qu’il faut à ce vainqueur fatigué d’hommages. Je le trouve, au reste, sous son aménité supérieure, très énigmatique.