L’homme, assis près de la malade, paraissait avoir trente ans ; ses moustaches pâles, tombantes rendaient plus triste la maigreur de sa face longue et jaune que l’habitude de souffrir avait comme hébétée. Il tenait sur ses genoux leur petit dernier, tandis que l’autre dormait dans son berceau.

— Vous souffrez beaucoup ? dit Pauline à la jeune femme.

— J’ai soif, toujours soif, répondit-elle d’une voix cotonneuse, entre deux quintes de toux.

— D’ici trois semaines elle ne pourra pas travailler, appuya la vieille.

Pauline s’étonna qu’à l’entrepôt de pétrole où elle était ouvrière on ne lui payât pas sa demi-journée ; et elle s’informa de son salaire habituel.

— Nous avons six sous de l’heure, sauf trois dames qui en ont sept.

— Vous ne seriez pas mieux soignée à l’hôpital ?

— J’irais bien, moi, à l’hôpital, déclara la belle-mère. L’hospice, j’en suis, j’y suis née. Mais Ludivine, ça ne lui convient pas.

— C’est moi qui panse mon mari, observa Ludivine en regardant Rouleau avec une tendresse protectrice.

Celui-ci, outre des rhumatismes qui lui enflaient toutes les jointures, avait les jambes trouées par des ulcères.