— Je vous présenterai à lui, dit en les quittant l’abbé qu’un de ses confrères entraîna vers la sortie.

La semaine suivante, dès que se fut écoulé le flot des réceptions, il prit jour avec Mgr Chênedru et conduisit Pauline à l’archevêché. Elle ne se vit pas introduite sans émotion dans le cabinet où l’archevêque les attendait, debout derrière son bureau, contre sa bibliothèque. Cette robe violette et l’idée d’omnipotence qu’elle attachait à la dignité épiscopale lui imposaient une gêne :

« Que doit-il penser de moi, une infidèle ? »

Mais il embrassa, comme un père, l’abbé Ardel et fit à Pauline elle-même un si affable accueil qu’elle reprit toute son aisance. Elle exposa franchement l’état de son âme, l’indifférence orgueilleuse d’où elle était partie, ses préventions d’ignorante contre les prêtres, les doutes qui l’avaient retardée sur le chemin de la foi.

— J’étais encore incertaine, Monseigneur, continua-t-elle, quand vous êtes venu parmi nous ; depuis que je vous ai vu et entendu, ma décision est nette. J’ai médité tous les articles du Credo ; il n’en est aucun auquel je ne puisse me soumettre, même l’enfer, bien qu’il n’y soit pas nommé explicitement. Les peines éternelles me paraissaient une chose monstrueuse, lorsque j’avais les plus fortes chances de les mériter. Maintenant que j’espère ma rédemption, les rigueurs de la justice divine ne me révoltent plus…

L’archevêque sourit de ce mot naïf et pénétrant.

— Réfléchissez et priez, ma chère enfant, approuva-t-il avec cet accent du Béarn qui ajoutait une saveur à la bonhomie de son parler. Je n’ai pas besoin de vous dire la grande joie que vous apporterez à Notre-Seigneur et à moi, le jour où je pourrai vous donner le saint baptême avant de vous confirmer.

— Dans combien de temps, demanda Pauline à son oncle aussitôt qu’ils eurent pris congé de l’archevêque, pourrai-je être baptisée ?

— A la Pentecôte, je pense. Avant peu, je reverrai Monseigneur et l’abbé Charmoy.

Elle se sépara de lui et entra dans l’église qui allait être sa paroisse, à Saint-Pierre-le-Rond. Fruste au dehors comme un vieux sanctuaire de campagne, Saint-Pierre, sur une petite place toujours déserte, est enclos entre les murs de logis silencieux. Pauline affectionna, dès sa première visite, la nef étroite et longue, avec les fenêtres du chœur découpées en trèfle. Un recueillement obscur l’habitait où la pensée, mieux qu’ailleurs, pouvait « prendre son vol sans bruit vers Dieu ». Elle se mit à genoux, dans le bas-côté, près des fonts baptismaux, et là elle songea au mystère du Sacrement qu’elle recevrait, à ce sceau du baptême qui, une fois imprimé sur un front, ne peut plus s’en effacer.