Pourquoi cette efficacité surnaturelle de l’eau ? L’abbé Charmoy lui avait un jour enseigné que toutes les eaux terrestres possédaient une vertu de sainteté, depuis l’heure où Jésus sanctifia celle du Jourdain en se courbant sous le baptême de Jean. L’eau purifie, l’eau féconde, l’eau submerge ; elle se souvenait du verset d’un psaume : Lavabis me et super nivem dealbabor, « tu me laveras et je serai plus blanche que la neige » ; cette image lui plaisait en ce qu’elle lui dévoilait le sens prophétique de sa course dans la neige avec Julien. Maintenant il lui fallait s’ensevelir dans le Christ et renaître avec lui, de même que les néophytes s’immergeaient trois fois dans la piscine du baptistère primitif, de même que la novice du Carmel, avant de prendre place au festin nuptial, s’anéantit sous le drap mortuaire. Elle devait mourir à ses impiétés d’antan, à ses vanités enfantines, à toutes les sensualités, et alors elle serait pure comme la neige, comme l’eau d’une source où nul n’a jamais bu. L’abbé Charmoy n’avait pas hésité à le lui dire : « Vous tomberiez morte à l’instant de votre baptême, le Paradis vous recevrait aussi sainte qu’un enfant qui n’a pas encore péché. »

Mais la vertu de l’eau n’opérait qu’unie à la parole, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Les Trois Personnes devant qui les Anges trouvent à balbutier un seul mot : Sanctus, Sanctus, Sanctus, viendraient donc en elle illuminer son âme et la diviniser !

« Qu’ai-je fait, ô Seigneur, pour mériter vos dons ? Je vous ai dédaigné, nié, crucifié. Et, à présent, est-ce que je vous aime ? Est-ce que je désire vous faire aimer ? »

Elle s’abîmait dans la repentance de ses rébellions, de son aridité, de sa tiédeur, quand, tout d’un coup, une voix mauvaise, au fond d’elle, articula :

— Si, pourtant, tu t’abusais, si tu faisais la demande et la réponse, si, là-bas, dans ce tabernacle, il n’y avait rien

Mais elle repoussa l’idée affreuse, la piétina ; elle eût préféré mille fois ne plus vivre que de ne plus croire ; et elle sortit, comblée de la certitude que ses doutes étaient tués à tout jamais.

L’archevêque décida que le baptême, la confirmation et la communion seraient donnés par lui à Pauline dans son oratoire, la veille de la Pentecôte. Elle avait choisi pour parrain M. Rude, et Mme Rude, en dépit de sa répugnance à se mêler d’aucune fête, même liturgique, accepta d’être sa marraine. N’était-ce pas Julien lui-même qui l’exigeait ? Et ce baptême serait l’accomplissement des fiançailles mystiques de Julien avec sa bien-aimée.

Les Rude estimaient prudent de n’en point parler d’avance autour d’eux. La nouvelle s’ébruita on ne sut comment, et les gens hostiles à Victorien clabaudèrent par toute la ville.

— Hein ! répétait Galibert, cet Ardel qui se vantait de n’avoir pas fait baptiser sa fille, ils l’ont retourné comme un gant !

Le plus venimeux furent Mlle Total, qu’il avait cessé de voir, et Flug, avec qui il s’était brouillé, après avoir qualifié de « stupides » ses paradoxes délirants. Un journal publia un entrefilet plaisantin sur « les dragées du baptême », et ajouta que « seul, le poupon manquerait ».