Informé de ces ragots par un obligeant collègue, Victorien haussa les épaules, et répliqua très fort :

— Oui, ma fille va être baptisée, et c’est moi qui l’ai voulu. Leur clique me dégoûte si bien qu’ils me donnent envie d’aller à la messe, pour les faire enrager !

Depuis sa conversion, Pauline témoignait à son père une tendresse de plus en plus prévenante ; elle évitait à son amour-propre endolori les moindres blessures. Mais elle ne lui avait dit mot de l’événement qui se préparait pour elle ; ce mutisme le peinait ; il finit par se décider à le rompre lui-même :

— C’est pour bientôt la cérémonie ?

— Pour samedi, répondit-elle avec un battement de cils et en rougissant.

Et elle insinua d’une façon câline :

— Tu n’y viendras pas ?

— Non, je serais un trouble-fête, une fausse note. L’archevêque et moi, vis-à-vis l’un de l’autre, nous serions mal à notre aise…

Elle n’insista point, ayant peur de moins bien prier, si la présence de son père incrédule pesait sur sa ferveur.

Le matin du grand jour, elle se réveilla, comme une mariée qui va mettre sa robe de noces, dans une attente extraordinaire. Elle avait jeûné la veille, et son esprit se mouvait, presque dégagé de son corps, avec une alacrité lumineuse. Dès six heures, elle sortit, devant rejoindre, en la chapelle de son couvent, l’abbé Charmoy qui la confesserait.