A la vue de Pauline, il demeura comme suffoqué, rougit d’un transport qu’il ne chercha pas à contenir.
— Je vous espérais, dit-il se ressaisissant ; et Victorien, où est-il donc ?
Pauline, en quatre mots, sans mensonges de politesse, élucida comment « le hasard » l’avait conduite à proximité de Druzy ; elle présenta Edmée et Julien. L’abbé les mena dans sa cuisine ; il y instruisait, à cette heure, les enfants du catéchisme ; la sacristie, où il le faisait d’ordinaire, eût été, par ce froid, malsaine. Une lampe de cuivre sans abat-jour était posée sur une table de bois blanc ; deux petits gars et deux petites se tenaient assis en rang, un livre entre leurs mains, le dos tourné au feu, et la neige du dehors éclaircissait leurs visages de son reflet immaculé.
Le curé alla prendre pour ses hôtes des chaises dans la pièce voisine ; tandis que les jeunes filles se sécheraient au coin de l’âtre, il demanda la permission d’achever son catéchisme ; l’assistance imprévue y ajouta une solennité.
Pauline remarqua tout de suite que les garçons possédaient mal le texte qu’ils récitaient et ne semblaient rien y comprendre. Les petites, au contraire, plus déniaisées, levaient souvent le doigt pour répondre. La moins grande, qui s’appelait Louise, avait un air espiègle et futé ; ses cheveux bruns dépassaient le châle blanc qu’elle gardait sur sa tête ; ses yeux, d’une limpidité si brillante que ses cils même paraissaient bleus, sa bouche menue, son teint rose s’animaient de grâces mutines ; quand elle ne savait pas, elle faisait une jolie moue, et, en se dandinant, interrogeait le plafond.
L’abbé leur expliquait l’existence de Dieu dont personne, visiblement, ne leur avait parlé ; et il tâchait de mettre à leur niveau une preuve imagée de la Cause créatrice.
— Vous avez vu, mes enfants, des anneaux aimantés pendre les uns aux autres ; d’où leur vient à tous la puissance qu’ils ont de se tenir entre eux ? Louise, d’où vient-elle ? Voyons, Augustine ? Ernest ? Charles ?…
— Eh bien ! reprit-il, comme tous se taisaient, elle vient d’un premier aimant… Vous vivez. D’où vient la vie ? Elle vient de quelqu’un qui a été avant vous, avant vos pères, qui a toujours été.
Il s’énonçait avec une gravité affable, haussant peu la voix, et l’attention des enfants semblait suspendue à ses lèvres, comme par l’aimant qu’il évoquait. Pauline, formée, selon le pli paternel, à évaluer les gens sur leurs mérites d’intelligence, reconnaissait à son oncle une parfaite clarté d’exposition. Elle voulait négliger la substance de sa doctrine, mais suivait, malgré tout, cette métaphysique élémentaire aussi neuve pour elle que pour les jeunes sauvages de Druzy.
Lorsqu’il eut achevé, il se mit à genoux sur les carreaux, les y fit mettre autour de lui, et, tous ensemble, ils dirent le Pater, puis l’Ave. Julien et sa sœur se joignirent à l’oraison commune. Les enfants observèrent que l’autre demoiselle demeura, hors du cercle, assise, et fixait les braises du foyer.