— J’irai prendre de ses nouvelles, dit Pauline.

Comme il la quittait, elle aperçut au bas de son manteau un long fil ; elle se pencha prestement, et, avec une grâce discrète, elle l’ôta. Ils en rirent, se séparèrent dans une simplicité affectueuse.

La persuasion d’avoir son amitié enivra plus fort Pauline de ses espérances. Mais sa hâte était grande d’apprendre ce qu’il avait pu dire à son père. Le professeur, quand elle lui monta sa lampe, s’en ouvrit de son propre mouvement : un ami de Julien offrait de traduire en anglais le Saint-Simon, et à des conditions avantageuses ; l’affaire tombait d’autant mieux qu’en cette fin d’année M. Ardel se voyait à court d’argent.

— Ce garçon-là, décidément, a du bon. Il possède le flair des mystiques pour tirer de la vie tout ce qu’elle peut donner…

Voilà pourquoi, oubliant ses intentions de rupture, Victorien promettait une visite aux Rude. Julien avait su le prendre par son point le plus sensible, sa vanité d’auteur peu lu. Sous son écorce de dur égoïsme, cet homme gardait un fond de naïveté enfantine, et, s’il rencontrait du dévouement, il le payait d’un retour subit d’affection.

Pauline, le lendemain, alla, de bonne heure après midi, voir Edmée. La jeune fille se prétendit tout à fait mieux, quoique sa figure tirée déclarât une longue lassitude ; elle se préparait à sortir avec sa mère pour assister, au Carmel, à une prise d’habit.

— Nous vous emmenons ? invita Mme Rude cavalièrement.

Pauline ne refusa point, curieuse d’une cérémonie singulière pour « une profane » ; et elles partirent.

En chemin, Edmée leur confia qu’elle enviait la postulante admise à recevoir le voile ; mais, sa mère ayant paru chagrinée de cet aveu :

— Rassure-toi, fit-elle de son accent câlin ; tu le sais bien, je ne te quitterai jamais, pas même pour me marier !