— Je m’en moque, concluait-il, je suis bien à Sens…

— Et moi donc ! souligna Pauline à mi-voix, se penchant vers Edmée.

— Je tiens les éléments, poursuivait M. Ardel, d’un livre très curieux, l’histoire d’un de vos archevêques, Pardaillan de Gondrin, un des gaillards les plus originaux de la Fronde, pas édifiant par exemple, mais un type de Français batailleur, aventurier, indomptable.

— Comme j’eusse voulu l’être, dit brusquement Julien.

— Comme on ne peut plus l’être, coupa le professeur.

— Cependant, appuya Julien, quand je serai consul, si je puis me faire envoyer dans le Levant ou en Extrême-Orient, dans quelque poste scabreux, croyez-vous que je ne trouverai pas là de beaux champs de bataille ?

Victorien sourit en douteur ; mais le front de Pauline se plissa d’un désappointement ; si Julien partait au loin, et si elle le suivait, que deviendrait son père isolé ?

La conception nette d’un sacrifice nécessaire balaya les mirages où elle s’exaltait ; sa gaîté revint aussitôt, mais avec une teinte de sérieux qui persista tout le repas.

En sortant de table, ils remontèrent à pied jusqu’à la place de la Concorde. Pauline marchait devant, entre Edmée et son frère. Edmée lui révéla que Mlle Total, cette envieuse, dénigrait sous le manteau M. Ardel, à cause de ses relations avec la famille Rude.

— Alors, s’exclama Pauline, pourquoi nous fait-elle tant de chatteries ? La vilaine bête !