Et, comme sa mère se détournait, fondant en larmes :

— Ne pleure pas, maman, regarde-moi, je t’aime… Père, ne pleure pas, travaille pour le Christ, vis avec les vivants… Edmée, Marthe, vous les consolerez. Je serai toujours parmi vous.

Il les embrassa tous, comme un voyageur qui s’en va. L’effort qu’il venait d’accomplir l’exténuait ; il referma les paupières et parut sommeiller un instant ; mais il se recueillait, ayant à dire autre chose, et, brusquement, il se souleva :

— Ardel, promettez-moi… jurez-moi… Pauline veut être chrétienne, vous ne l’empêcherez pas…

— Mon ami, je le jure, répondit Victorien sans hésiter.

— Songez à votre âme, put reprendre Julien ; aimez votre frère… il est bon… Pauline, donnez-moi votre main… Je suis avec vous. Au revoir…

Il parlait de loin et de haut, déjà libéré de ses liens corporels, et il ne souffrait plus : des bras compatissants l’enlevaient au-dessus des ombres de la terre. Il balbutia des mots qu’on pouvait à peine saisir, un dernier acte de foi et de repentance.

— Julien, nous vois-tu ? lui demanda encore M. Rude.

Les globes de ses prunelles devinrent vitreux ; sa bouche restait entr’ouverte, sa langue claquait entre ses dents brillantes, les phalanges de ses doigts, tricotant dans le vide et se rétractant, semblaient chercher à tâtons une porte invisible ; et il se tourna sur le côté droit, laissant aller sa tête, pour s’endormir, comme un enfant, dans le baiser du Seigneur…

VIII