Or, était-il sûr de ne pas se rendre ? Sa réponse à Montcalm : « Si Dieu l’exige, vieux, c’est promis », impliquait un engagement sous condition. Malgré tout, il ne désirait point que la voix de Dieu se fît entendre ; d’avance, il cherchait des raisons contre elle.

Le jour de Pâques était passé. Le matin du lundi, il avait lu dans l’Évangile des disciples d’Emmaüs :

« Est-ce que notre cœur ne brûlait pas en nous, tandis qu’il parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? »

— Mon cœur à moi, reconnaissait-il, se défend de brûler, du moins pour le Christ. Mais l’amour est un don ; la souffrance même de ne pas aimer, un don. Si je reste dans le troupeau des chrétiens quelconques, c’est que Dieu ne m’a pas élu pour un état supérieur. Qu’y puis-je ?

Le fragile, l’humiliant et le piteux de cette dialectique étaient si manifestes qu’il ne put s’y arrêter. Il jugea plus loyal de conclure, au moins provisoirement :

— Je ne veux pas entrer dans les Ordres. Voilà le vrai. Plus tard, nous verrons…

Avec un autre caractère, Jérôme eût abouti à la plus dure des perplexités. Mais à l’insouciance de son âge il ajoutait celle qui lui venait de Mme Élise ; le préjugé soldatesque : « ne pas s’en faire » avait aussi déteint quelque peu sur lui.

Il crut donc emmurer le vœu de Montcalm dans cette geôle de silence, pleine de regrets et de désirs liés, que tout homme cache au fond de soi. Il repoussa comme chimérique la possibilité des exigences divines ; il ferma « l’œil intérieur » pour ne pas voir de quelles cimes il glissait ; et il ne songea plus qu’à « vivre » au sens où l’entendait l’ignorante Agnès.

Ce même lundi de Pâques, comme la journée était splendide, Mme Élise décida qu’on irait à pied, par les bois de Rueil, jusqu’à la Malmaison. Jérôme, dans l’illusion d’être heureux, accompagna sa mère et ses deux amies.

IV