— Non, se défendit-elle. Je suis trop lourde !
Avant qu’elle pût réfléchir, il entoura sa taille du bras qui lui restait vigoureux, et, l’attirant avec l’autre, il l’enleva comme un danseur rustique saisit à plein corps sa danseuse. Elle ne résista point ; il prit son élan sur la montée rude. Tout d’abord, elle n’osait se pendre à son cou ; elle pesait ainsi davantage.
— N’ayez point peur, enjoignit-il ; serrez-moi fortement.
Elle obéit, noua ses deux mains au cou de Jérôme et s’appuya contre sa joue ; il sentait le frôlement de ses cheveux et le souffle de ses lèvres. Mais il n’avait qu’une idée : ne pas faiblir, la porter jusqu’au bout.
— Je vous fatigue ; laissez-moi, supplia-t-elle, s’apercevant qu’il se raidissait.
— Vous vous moquez, Agnès ; une sylphide serait moins légère.
— Vous savez donc le poids d’une sylphide ?
Il tint bon et la déposa doucement sur l’herbe, au bord de la route.
Pendant qu’Antoinette et Mme Élise examinaient le pied blessé, il courut à Garches quérir une automobile, prévenir un médecin. Agnès, au retour, plaisanta sur son mal ; sa cheville n’était pas déboîtée ; elle en serait quitte pour une quinzaine de chaise-longue. Elle pensait déjà moins à son entorse qu’à la hardiesse de Jérôme. Cette petite aventure ouvrait devant son imagination des perspectives. L’impétueuse galanterie du jeune homme touchait ce qu’il y avait en elle de naïf et de romanesque. Mais devait-elle y voir l’élan vrai d’une passion ? Et, surtout, avait-elle bien fait de s’abandonner si facilement entre ses bras ? Antoinette, quand, seule à seule, elles en parlèrent, trancha, en fille avisée, ce cas de conscience :
— Je n’aurais pas, moi, consenti. J’aurais attendu de pouvoir marcher ou qu’on me transportât sur une civière. Mais toi, et avec Jérôme, c’est différent…