Il se met à lui conter l’origine de sa vocation, son amitié pour Montcalm. Mais, à l’instant où, comme dans un songe, il répète ses propres mots :

— Si Dieu l’exige, vieux, c’est promis, tout à coup, derrière les arbres, un bruit de feuilles et de rameaux froissés suspend sa confidence.

— Quelqu’un nous écoute !

Il s’est levé, il écarte les branches, il entrevoit, renversée parmi les ronces d’un buisson, une forme noire.

— Agnès ! s’écrie Antoinette.

Tous deux se frayent un passage auprès de la malheureuse, évanouie ou morte, dont la chevelure s’est déroulée, accrochée aux épines. Antoinette s’incline sur elle, lui redresse la tête. Livide, les dents serrées, les yeux inertes, Agnès ne donne aucun signe de vie ; Antoinette, cependant, sous la robe légère distingue les faibles mouvements du cœur.

— Ma pauvre bien-aimée ! murmure Jérôme, comprimant une explosion de tendresse.

Aveu imprévu qu’Agnès n’entend pas et qui ne suffit point à la ranimer.

Que s’est-il passé ? Apparemment, elle a suivi sa sœur, impatiente d’écouter ce qu’elle dirait à Jérôme, ce que Jérôme lui répondrait. Elle n’a pu soutenir l’horrible déception ; elle est tombée, comme anéantie. Et il s’explique l’étonnement d’Antoinette : elle venait le pressentir, pénétrer au moins s’il comprenait Agnès. Chez elle, malgré tout, la sublimité chrétienne a déjà rebondi :

— Agnès aussi vous aime. Mais que la Volonté de Dieu soit faite, et non la nôtre !