La Messe commença. Entre le Kyrie et l’Évangile les ordinations se succédèrent. Chaque fois qu’un nom, en latin, était appelé, le candidat répondait : Adsum, Me voici, le mot d’Abraham quand le Seigneur lui mit en main le couteau pour l’immolation d’Isaac.

Ce mot, la plupart des ordinands le proféraient d’une voix rapide, effacée, un peu comme le soldat répond : Présent à l’appel du quartier. Mais il enfermait toutes les acceptations jusqu’au martyre ; dans la chapelle des Carmes, le martyre pouvait-il ne point être évoqué ?

Ce fut entre ses murs, qu’en 1792, les septembriseurs entassèrent et jugèrent, avant la tuerie méthodique, les prêtres qu’ils n’avaient pas massacrés dans le jardin. Sur le marbre de la table où l’on communie, les bourreaux venaient aiguiser leurs sabres. Puis, les condamnés étaient poussés, par la galerie, vers le palier du jardin. A mesure qu’ils se montraient, on les précipitait sur les piques, on les sabrait, on les fusillait.

Jérôme avait maintes fois passé devant le petit perron, au bas de la muraille enfumée, sous les fenêtres grillées comme celles des cachots. Contre la rampe de fer, entre le double escalier, il avait vu la simple inscription : Hic ceciderunt, ils sont tombés ici. Il avait assisté à une Messe dans la crypte où les parois de marbre noir cachent les ossements des cent quarante prêtres martyrisés. Il avait retenu de ces contacts une dure leçon d’ascétisme, un vague effroi qui s’étendait au séminaire tout entier. Une partie de lui-même s’exaltait à de tels souvenirs héroïques ; l’humain de ses appétits les répudiait.

Cependant il suivait avec attention les rites. Le Pontife, assis ou debout, déposant ou reprenant sa mitre, lisait d’une voix claire les augustes oraisons. Les ordinands montaient s’agenouiller, se relevaient : tonsurés, portiers, lecteurs, exorcistes, acolytes, sous-diacres portant pliée sur le bras gauche la dalmatique, « vêtement de joie », et qui touchaient le calice, la patène vides, en témoignage du don d’eux-mêmes sans retour.

« Voulez-vous boire mon calice ? » leur disait intérieurement le Prêtre éternel. Ils répondaient : Oui. Jérôme entendait une voix insidieuse lui souffler : « Le calice est trop amer. Qu’il passe loin de toi. »

Sur la tête des nouveaux diacres, le Pontife étendait la main droite ; il mettait à leur cou l’étole blanche, symbole de candeur, de bienheureuse immortalité et leur faisait toucher le livre des Évangiles.

Mais à l’ordination des prêtres était réservée la plus ample liturgie. Jérôme observa la petite nappe qu’ils tenaient pour lier et laver leurs mains.

Le consécrateur lut l’admonition latine où l’on rappelle qu’autrefois le peuple était consulté.

« C’est avec une grande crainte, poursuivait-il, qu’on doit monter à une dignité si haute… Il faut qu’une sagesse céleste, des mœurs probes, une longue pratique de la justice recommandent les élus…, qu’ils soient les vieillards du peuple. »