— C’est la première et la dernière fois que je lui écris !

De peur d’un revirement, il courut à la boîte voisine, au bas de l’avenue ; la lettre y glissa comme dans un tombeau où il précipitait son amour. Il rentra mortellement triste de ce qu’il avait fait ; il ressentait la douleur d’Agnès, quand elle recevrait en pleine poitrine le glaive de sa décision.

Mais la chose résolue apportait une délivrance, l’apaisement d’être sûr qu’il ne retournerait pas en arrière. Il s’endormit comme il avait une fois dormi dans la tranchée conquise, après un assaut furieux.

La journée du lendemain lui ménagea le réconfort d’une visite imprévue.

L’abbé Langevin se rendait à Rome, chargé encore, par son évêque, de plusieurs affaires délicates. Il arriva sans s’être annoncé, dans l’après-midi. Jérôme supposa — et il devinait juste — que sa mère avait entretenu ce judicieux ami de la crise où il se consumait. Il s’ouvrit à lui pleinement. Le chanoine eût approuvé son mariage ; il admira son héroïsme et crut comme le Père, comme Dom Estienne, au sérieux d’une vocation si durement éprouvée.

— Elle est bien frêle, objecta Jérôme. Je me sens si peu évangélique, je garde la faim des joies périssables…

L’abbé l’encouragea :

— Bien d’autres, qui sont devenus de saints prêtres, furent tels que vous d’abord, ou plus loin de la vie parfaite. Une vocation est un germe divin. Elle s’implante et s’accroît par des apports insensibles. Dieu, pour la fortifier, s’aide et de la bonne volonté du sujet, et du milieu, et des influences, et du temps.

— Mais Agnès, n’aurais-je pas dû ?…

— Agnès n’est point abandonnée. Antoinette lui sacrifiera sa vie ; vos prières la soutiendront. La longueur des jours use tous les chagrins.