Le chanoine se réjouissait, malgré la saison brûlante, de passer un bon mois à Rome.

— Dans les basiliques romaines, disait-il, mieux qu’en nul lieu du monde, la puissance triomphante de l’Église m’est tangible ; moi qui suis un vieux lettré, je ne conçois guère un plus beau ni un plus grave symbole de la pérennité latine qu’une certaine allée de cyprès, au-dessus des Catacombes de Saint-Calixte, d’où l’on voit à un bout, le tombeau de Cécilia Metella et, à l’autre, la coupole brillante de Saint-Pierre.

Les Catacombes de Saint-Calixte ! Jérôme se rappela qu’elles avaient suscité sa première conversation intime avec Agnès. Mais son imagination l’emporta bien au-delà de ce souvenir. L’appétit de conquête que l’amour avait lié chez lui se débrida soudain. Il proposa au chanoine :

— Voulez-vous un compagnon de voyage ? Nous partirons ce soir même. Je n’irai pas à Rome « pour y tout mépriser, oublier tout et mourir »[3]. J’ai besoin de vivre et de palper des choses immortelles.

[3] Chateaubriand.

— Je vous emmène, s’écria le chanoine, ravi de l’arracher à une solitude néfaste.

Et le Père acquiesça :

— Rome, dans des temps proches, sera peut-être dévastée ou détruite. Hâte-toi, Jérôme, de voir ce que des yeux humains ne reverront plus.


Jérôme ne revint de Rome qu’à la fin de septembre, pour entrer au séminaire des Carmes. C’est dans la chapelle qu’il a reçu la prêtrise, l’an dernier. Six ans, d’études, la prière, l’effort ascétique l’ont transformé. Lorsqu’il s’est prostré contre le tapis rouge, sous les litanies des saints, il a pu dire au Seigneur :