[260] Son nom avait aussi une forme latine : Silvanus.
On les livra aux licteurs qui déchirèrent leurs habits, les fouettèrent jusqu’au sang. Roués de coups, presque nus, ils furent menés à la prison. Ils se virent précipités dans une geôle profonde ; on serra leurs jambes meurtries, liées avec des cordes, dans les deux trous d’un bloc de bois.
Ce cachot était, selon la coutume romaine, une cave suintante, au plafond bas, sans fenêtre, nauséabonde. Paul et Silas y furent laissés comme des condamnés à mort ; les araignées, les rats et d’autres bêtes hideuses leur tenaient compagnie. Il y avait pourtant, à l’étage au-dessus ou à côté, d’autres prisonniers ; et ceux-ci, vers minuit, entendirent des choses étranges.
Les deux hommes enfermés dans la basse fosse chantaient ; leurs voix s’élevaient comme un hymne grave, suppliant et fort ; une joie inexplicable enflait leur psaume. Quel Dieu appelaient-ils du profond des ténèbres ? Soudain, la terre trembla violemment, au point que les fondations furent secouées. Toutes les portes s’ouvrirent, et tous les captifs sentirent que leurs chaînes tombaient. Paul et Silas se trouvèrent debout, les jambes hors des ceps, sans savoir comment. Ils sortirent dans l’escalier. Le gardien qui dormait en sa loge, sur la foi des portes verrouillées, s’éveilla au grondement de la secousse ; il vit les cachots ouverts ; il crut que les prisonniers avaient fui. Désespéré, il tira du fourreau son coutelas, et il allait se tuer, quand Paul, surgissant près de lui, cria d’un ton joyeux, impérieux : « Ne te fais point de mal ; nous sommes tous ici. »
Alors cet homme demanda des torches, et bondit à l’intérieur du cachot. Il vit les captifs libérés, en prière, les mains étendues ; comprenant qu’un prodige venait de s’accomplir, tremblant, il s’abattit à leurs pieds, comme s’ils étaient des dieux. L’éclair d’une illumination divine le foudroya ; il obéit à un mouvement dont il ne savait pas encore le sens. Il les emmena hors de la geôle et leur dit :
« Seigneurs, que dois-je faire pour être sauvé ? »
Les Apôtres répondirent : « Crois au Seigneur Jésus-Christ, et tu seras sauvé, toi et les tiens. » Et ils lui dirent la parole de Dieu, à lui et à tous ceux qui étaient dans sa maison.
Le geôlier, dans la cour de la prison, lava leurs membres où s’était collé le sang des plaies. Paul et Silas versèrent sur son front, sur celui de sa femme et de ses enfants l’eau qui lave toutes les souillures. Puis ils montèrent à la chambre haute ; là, il leur servit à manger ; ils rompirent sans doute ensemble le pain vivant ; et il exultait, avec les siens, d’avoir foi au vrai Dieu.
Cependant, de crainte qu’il ne fût inquiété, les Saints redescendirent en leur cachot. Mais, dans la soirée, des amis de Paul avaient dû intervenir auprès des magistrats. Ceux-ci, dès l’aurore, envoyèrent au gardien les licteurs porter cet ordre :
« Délivre les prisonniers d’hier. »