[264] XVI, 21.
Les Juifs avaient à Thessalonique une grande synagogue[265]. Le jour du sabbat, Paul vint y parler, ouvrant le mystère des Écritures, démontrant, les prophètes en main, que le Christ devait souffrir et ressusciter d’entre les morts, qu’Il était vraiment le Messie. Quelques Israélites eurent la foi ; mais Paul toucha surtout des Grecs monothéistes et des femmes appartenant aux familles les plus considérées.
[265] On a supposé que la crypte d’une ancienne synagogue de la ville basse, détruite dans l’incendie de 1917, occupait l’emplacement de celle où Paul prêcha.
De même qu’à Antioche de Pisidie, à Philippes et en bien d’autres villes, les catéchumènes ne sont pas tout d’abord des gens du peuple, des ignorants. La doctrine du Christ persuade des païens cultivés, des femmes au cœur délicat qu’enivre l’attrait d’une vie héroïque et bienheureuse, où ils pourront, sans mesure, se donner et recevoir. Ensuite, et promptement, la charité de l’Apôtre, son exemple et celui du Dieu qu’il enseigne, les incline vers les pauvres. Ils nourrissent, ils habillent en eux Jésus-Christ ; ils leur communiquent la joie du salut. Les plus misérables des frères participent à la fraction du pain ; on ne connaît plus chez eux, du moins dans la communion du Mystère, ni riches, ni indigents.
Mais, au milieu d’une ville de marchands et de courtisanes, vouée au culte d’Aphrodite, pleine du vertige des convoitises, prêcher le détachement des richesses, l’abstinence des voluptés, c’était une folie qui ne semblait pouvoir durer. Le miracle fut que, dans un tel milieu, une église se maintint et grandit en sainteté.
La première épître envoyée de Corinthe aux Thessaloniciens laisse entrevoir la merveilleuse activité du missionnaire, ses tourments, sa tendresse, sa puissance de persuasion.
Il ne prêcha point l’Évangile simplement en paroles, il le vivait. « Nuit et jour » il travaillait pour n’être à charge à personne. Dans l’échoppe où il tissait, tout en maniant la navette, il expliquait les voies du Seigneur. Il se faisait simple, afin d’être compris des simples. Il prenait en particulier les néophytes, exhortant chacun d’eux « comme une mère réchauffe entre ses bras l’enfant qu’elle nourrit[266] ». Prêt à donner sa vie pour leur âme, il pouvait tout leur dire, tout exiger de leur foi. La parole qu’il dispensait n’était point la sienne, mais celle de Dieu. Il la confirmait en guérissant les malades, ou par les dons spirituels qui emplissaient les croyants.
[266] XI, 7.
Il les préparait à être persécutés, et bientôt il eut l’occasion de leur prouver qu’il savait lui-même souffrir.
Les Juifs incrédules, irrités de sa doctrine et jaloux de voir les païens en majorité dans l’église, fomentèrent une conspiration. Sur les quais, sur les places ils ramassèrent des mendiants, des portefaix sans travail, la canaille des ports toujours disposée aux coups de main et aux tumultes ; une bande alla manifester devant la porte de Jason. Ils réclamèrent Paul, Silas et Timothée. Heureusement, les missionnaires n’étaient pas là. Les Juifs eurent l’audace d’appréhender Jason et quelques frères arrêtés en chemin. Ils les traînèrent devant les magistrats municipaux, les « politarques ».