« Voici, clamèrent-ils, les gens qui bouleversent le monde. Ils agissent contre les principes de César ; ils disent qu’il y a un autre roi, Jésus. »
Ces Juifs intentaient aux disciples de Paul l’accusation qui avait réussi contre Jésus : les montrer comme des séditieux, coupables de lèse-majesté, faire peur aux magistrats tremblants vis-à-vis du pouvoir central. Et, en effet, les politarques furent violemment émus. Quel était ce roi dont l’Empire ne serait jamais renversé, qui reviendrait en triomphateur pour juger les peuples ?
Néanmoins, Jason était connu comme un citoyen pacifique, honorable ; il se défendit avec force. Les politarques le relâchèrent, lui et les autres, non sans leur imposer, par prudence, une caution.
Les ennemis de Paul allaient-ils se tenir pour battus ? S’ils voulaient mettre fin au scandale de sa doctrine, ils n’avaient qu’à l’assassiner. On devait prévoir un attentat. Les fidèles supplièrent Paul de partir ; ce fut une de ses plus dures tristesses. Il ne résista point, trop averti que les Juifs seraient implacables. Comme des espions guettaient ses allées et venues, il quitta la ville, avec Silas, dans la nuit. Quelques frères les escortaient.
Au delà du Vardar, ils se dirigèrent vers la montagne. Par une région difficile où ils eurent à franchir des torrents, deux journées de marche les amenèrent sur le plateau de Bérée, pays de cascades et de beaux arbres, au-dessus d’une plaine coupée d’aqueducs.
Admirons ici la constance de Paul : à Bérée, comme partout, il entre dans la synagogue ; il recommence à démontrer que toutes les Écritures préfigurent Jésus ; et, cette fois, sa ténacité trouve une récompense : il ne convertit plus seulement des gentils, d’élégantes femmes grecques, dégoûtées des bassesses païennes. Des Juifs de bonne volonté, en assez grand nombre, ouvrent leur cœur à sa parole ; ils examinent les Prophètes, pour voir si le témoignage de l’Apôtre s’accorde avec eux. L’aveuglement du peuple juif se butait, se bute encore à ce point unique ; il ne veut pas comprendre les prophéties, admettre le Messie humilié, expiateur[267]. Là où Isaïe, Zacharie et d’autres définissent trop clairement l’Homme de douleur, les rabbins prétendaient ne reconnaître qu’une vision symbolique des calamités d’Israël.
[267] Voir Lagrange, le Messianisme chez les Juifs, p. 236-251.
Les Juifs de Bérée consolèrent Paul de n’avoir pu fléchir ceux de Thessalonique. Mais, promptement, les Thessaloniciens apprirent qu’à Bérée il établissait une église fréquentée par des Juifs. Les synagogues dépêchèrent, là-bas, des agitateurs ; ceux-ci calomnièrent, vilipendèrent de leur mieux l’Apôtre. La populace était prête à un soulèvement ; peut-être allait-on lapider Paul ou le massacrer. Une fois de plus il dut fuir, laissant à Bérée Timothée et Silas, pour continuer, sans lui, l’œuvre miraculeuse.
Le plus douloureux fut de savoir qu’à Thessalonique les chrétiens et, surtout, les Juifs baptisés étaient furieusement persécutés par la coalition des juiveries. Lorsqu’il leur écrira, il ne taira point son amertume excessive :
« Ces Juifs qui ont tué le Seigneur Jésus et les prophètes, qui nous ont aussi pourchassés, ils ne plaisent point à Dieu, ils sont les ennemis du genre humain, quand ils veulent nous empêcher de parler aux gentils pour leur salut ; et, ainsi, ils mettent le comble, en tout temps, à leurs péchés. Mais la Colère vient en hâte sur eux, jusqu’à ce qu’elle soit accomplie[268]. »