Paul croyait, comme tous les premiers chrétiens, comme on le croira encore au temps de saint Cyprien[273] et plus tard, à la possibilité prochaine de la Parousie. Les Juifs n’avaient jamais oublié le passage de l’Exterminateur, en Égypte, dans la nuit pascale. Ils pensaient que le Messie choisirait, pour se manifester, cette nuit-là. Les chrétiens héritèrent d’eux semblable attente. Au dire de saint Jérôme[274], la veille de Pâques, les fidèles restaient, jusqu’à minuit, dans l’église, frissonnant d’un espoir qui, chez les tièdes, s’alourdissait d’une anxiété. Est-ce pour ce soir la fin de la douleur et du péché, la fin du silence de Dieu, la fin aussi des joies terrestres ? Passé minuit, ils se disaient : « Non, pas encore. » Et l’on se disposait allégrement à la fête du Seigneur ressuscité.
[273] Saint Cyprien commence en ces termes la Préface de son exhortation au martyre : « Au moment où la persécution et l’angoisse vont vous atteindre, où la fin du monde et la venue de l’Anté-Christ sont proches… »
[274] Commentaire sur saint Mathieu, XXV, 6.
Au fort des persécutions, l’idée que le triomphe du Juste ne tarderait guère soutint puissamment la patience des martyrs. Les juges, dans leurs interrogatoires, posaient cette question ironique :
« Puisque Jésus est ressuscité, pourquoi ne se montre-t-il à tous ? »
Les chrétiens osaient répondre :
« Son retour est proche ; vous le verrez. »
Saint Jean écoutera le grand cri des morts, de tous ceux qui ont donné leur vie en témoignage : « Qu’attendez-vous, Seigneur, vous, saint et vrai, pour juger et demander aux habitants de la terre vengeance de notre sang[275] ? »
[275] Apocalypse, VI, 10.
Mais une illusion populaire se propageait, dont les docteurs comprirent aussitôt le péril. Des exaltés ou des bavards allaient répétant que la fin du monde était imminente. A Thessalonique, après le départ de Paul, on lui avait attribué, sur cet événement, des paroles téméraires, même une épître[276]. Là-dessus, les gens paresseux se croisaient les bras, péroraient et mendiaient : « A quoi bon travailler, puisque tout va être détruit ? » Des visionnaires et des charlatans excitaient des rumeurs folles. On se tourmentait de savoir quel sort auraient les vivants au jour de la Parousie, s’ils entreraient, avant les défunts, dans le Royaume.