Tout au moins, s’ils affectaient de l’ironie en face du petit prêcheur juif, ils le trouvaient amusant, « intéressant », comme diraient les snobs, parce qu’il faisait sonner à leurs oreilles des mots et des choses qu’ils ignoraient.
Certains, pris du désir de mieux connaître sa doctrine, eurent la fantaisie d’exiger qu’il la présentât dans une conférence publique. Cavalièrement, ils l’appréhendèrent et l’emmenèrent, sans lui donner le temps de la réflexion, en un lieu bien choisi pour l’orateur comme pour l’auditoire, au flanc occidental de l’Acropole, sur la colline d’Arès[284]. Paul ne résista point, considérant que l’Esprit leur inspirait cette volonté imprévue, joyeux aussi d’affronter l’erreur polythéiste dans la citadelle même de ses hautes traditions, de crier aux idoles : Vous n’existez pas[285].
[284] Il ne s’agissait nullement de le faire comparaître devant l’Aréopage, bien que ce tribunal siégeât certains jours en cet endroit. Le texte est clair : « Ils le conduisirent sur la colline d’Arès. » L’orateur ne s’adresse pas à des juges, mais commence : Hommes athéniens… Quand il sent l’auditoire mal disposé, il se retire, et personne ne l’inquiète ; aucun jugement n’intervient.
[285] « Cela n’existe vraiment pas, les idoles » (I Cor. VIII, 4).
Du sommet des degrés il avait devant lui tous les temples de la colline, Athènes en bas, l’horizon des montagnes, et la mer[286]. Une foule pouvait, à son aise, s’échelonner sur la butte, sans rien perdre d’une voix sonore que renvoyait, sans doute, le mur de fond d’un portique.
[286] Voir plus haut, p. [26-28].
Son discours, d’une portée immense, allait marquer la solennelle rencontre du dogme chrétien et de la pensée grecque. L’exégèse négative s’est acharnée à prouver que le fond même n’est pas authentique. Harnack en a pourtant défendu l’historicité. Elle s’impose, si on examine la convenance du texte avec les idées générales de l’Apôtre, avec les nécessités du temps et du lieu.
Le narrateur, évidemment, reproduit, à gros traits, sans établir des transitions, les lignes dominantes. S’il était un rhéteur, il aurait, comme un Tite-Live, composé d’après les données traditionnelles, une harangue exemplaire. Un auditeur ému avait retenu certaines phrases et l’ensemble du mouvement. Luc a consigné ce qu’il savait par lui ou par saint Paul lui-même.
Voici d’abord une thèse commune à toutes les prédications chrétiennes, chaque fois que les missionnaires combattaient l’idolâtrie :
Il est un seul Dieu qui a fait le monde et tout ce qui existe dans le monde. Il est le Maître du ciel et de la terre. Donc il n’habite pas en des temples faits de main d’homme (Étienne, avec un semblable argument, avait bravé le sanhédrin), et les mains des hommes ne peuvent le servir, comme s’il avait besoin de quelque chose, lui qui a donné à tous les êtres la vie et le souffle.