Il fit dans Athènes peu de disciples. On garda leur mémoire, d’autant plus aisément qu’ils étaient plus rares. L’un d’eux, assesseur de l’Aréopage, ancien archonte, s’appelait Denys, et la tradition ecclésiastique[290] l’honora comme le premier évêque d’Athènes. Une femme aussi reçut le baptême. Elle avait nom Damaris ou Damalis.

[290] Voir Eusèbe, H. E. IV, XXIII.

Les Athéniens résistèrent longtemps à l’Évangile. Le scepticisme philosophique, le goût des fêtes et des processions, l’enchantement des images coutumières, la vanité nationale, tout les retenait dans les voies du passé. Même convertis, on les verra, au second siècle, après le martyre de leur évêque Publius, déserter en masse les églises et revenir passagèrement aux pratiques païennes[291].

[291] Voir Duchesne, Hist. anc. de l’Église, t. I, p. 261.

S’ils n’avaient imposé à Paul ce qu’on appellerait aujourd’hui un discours-programme, son passage au milieu d’eux n’eût laissé qu’un souvenir inconsistant. Mais ce discours allait être, dans sa carrière d’Apôtre, une date culminante. La Pallas Athéné de l’Acropole figurait la sagesse antique, selon son rêve de terrestre et courte perfection. Paul, en montant vers elle, lui avait démontré son insuffisance, sinon son néant. Désormais, la déesse n’avait qu’à mourir, la lampe du sanctuaire devait s’éteindre. La raison ne voulait plus vivre qu’illuminée par la foi.

XIII
L’ÉGLISE DE CORINTHE

Paul emportait d’Athènes la tristesse d’avoir travaillé presque sans fruit. Infatigable dans l’espoir, il se dirigea vers Corinthe, poursuivant sa marche du côté de l’Occident. Nous ignorons s’il s’embarqua au Pirée ou s’il prit à pied la route d’Éleusis et de Mégare, puis longea jusqu’à l’isthme le golfe Saronique. Les termes peu précis du texte semblent indiquer plutôt un voyage pédestre[292].

[292] « Ayant quitté Athènes, il vint à Corinthe. »

Bien avant les approches de la ville, se leva sur l’étendue, entre les deux mers, l’énorme Acrocorinthe, isolée, d’où il la voyait, comme le cône d’un volcan mort.

Paul ne l’ignorait point : à son faîte, Cypris, patronne de Corinthe, avait une chapelle servie par mille prêtresses ; des pèlerins innombrables gravissaient la montagne, et l’on prêtait aux servantes de volupté un pouvoir d’intercession. Mais il jugeait les démons de la chair moins redoutables que l’orgueil des faux sages.