« Frères, priez pour nous. Saluez tous les frères dans un saint baiser. »
Comme, en dépit de ses admonitions, les agitateurs continuaient à semer leurs creuses prophéties, dans une deuxième épître, plus acérée, plus âpre, il tança les Thessaloniciens d’oublier ce qu’il leur avait dit, étant encore auprès d’eux. Il évoque par des allusions obscures la venue nécessaire du fils de perdition, le mystère d’iniquité qui s’accomplit déjà. L’enseignement prophétique apportait aux chrétiens des précisions orales que l’Apôtre juge superflu ou imprudent de renouveler dans sa lettre. Il semonce les oisifs dont la fainéantise prend pour excuse « Le jour du Seigneur imminent ». Paul lui-même a travaillé nuit et jour. Il aurait eu le droit d’être nourri par les fidèles, puisqu’il les nourrissait de la Parole de Dieu. « Tu ne muselleras pas, ordonnait Moïse, le bœuf qui foule le grain. » Mais il tenait à leur donner l’exemple. « Celui qui ne veut pas travailler ne doit pas manger non plus. » Proverbe excellemment juif où nous retrouvons une des vertus immémoriales d’Israël. Le Juif, même dans les pays qui engagent le plus à la paresse, besogna toujours et besogne prodigieusement.
A Corinthe, de même qu’à Thessalonique, « les Saints » étaient des gens de petite condition plutôt que des riches ou des notables. Paul semblera leur en faire une louange :
« Ils ne sont pas nombreux parmi vous les sages selon la chair, pas nombreux les puissants, pas nombreux les nobles[303]. »
[303] I Cor., I, 26.
L’esprit d’amour qui liait dans le Christ l’archisynagôgos Crispus, l’important Stephanas et des ouvriers, des boutiquiers modestes, des scribes inférieurs, de pauvres femmes et même des esclaves, fut-il une imitation des confréries païennes, des thiases où des repas sacrés unissaient d’une fraternité passagère des hommes et des femmes, très distants par leur état social ? Tout ce qui avait figure païenne inspirait aux chrétiens l’aversion d’un contact idolâtrique. Ce n’est pas là qu’ils prirent modèle[304]. La vie des synagogues, la forme qu’elles perpétuaient d’une association religieuse et secourable se répéta chez eux. La communauté chrétienne avait, comme la synagogue, ses dirigeants et ses docteurs, ses réunions de prière, sa caisse pour les pauvres, des arbitres pour les différends entre ses membres, même des juges pour les cas d’exclusion. Seulement un autre esprit la vivifiait.
[304] Voir Duchesne, op. cit., t. I, p. 50-51.
Dès les premiers temps, nous l’avons vu à Antioche, le ministère de ceux qui enseignaient se divisait en missions distinctes. Les apôtres, les prophètes, les didascales ou docteurs possédaient un caractère défini et, dans la suite, de plus en plus spécifié.
Paul est apôtre au sens absolu, c’est-à-dire l’envoyé du Seigneur lui-même. Timothée, quand il visite, sur l’ordre de Paul, les Thessaloniciens, est apôtre aussi. Chaque église possédera ses apôtres, missionnaires qui se dirigent ici ou là, sans que personne, si ce n’est l’Esprit Saint, détermine leurs mouvements. Ils prouvent leur inspiration, en manifestant des dons surnaturels. Lorsqu’elle les saisit, ils parlent quelquefois dans l’ivresse de l’extase. Mais leur office est surtout de révéler les mystères, d’exhorter, d’édifier, de consoler.
Les prophètes, en toute occasion, édifient, exhortent, consolent. Cependant ils exercent des charges liturgiques, comme le grand prêtre du Temple juif. Ils célèbrent le Sacrifice, improvisent l’action de grâces au moment de la fraction du Pain. Ils résideront au sein d’une église ; les fidèles, pour les nourrir et les vêtir, prélèveront sur leur subsistance et leurs vêtements, sur l’argent dont ils disposent, une sorte de dîme.