Le symbolisme des cathédrales est là, Dante, Beethoven aussi. Nulle épigraphe n’interpréterait mieux ce à quoi nous-mêmes, de notre temps, nous aspirons.
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Car nous ne venons pas, en étudiant saint Paul, ranimer un fantôme, le prêcheur d’une religion morte. Son histoire nous est esprit et vie ; nous y cherchons la forme de l’avenir que nous voulons préparer.
Les nations retombent, ou peu s’en faut, vers une période semblable aux temps des Apôtres.
En face de l’Église, des sadducéens, des épicuriens qui ne veulent pas de la vie future ; des pharisiens, satisfaits d’eux-mêmes, n’apercevant rien au delà des convenances, des gestes et des formules ; des stoïciens qui attendent de leur seule force la paix de l’intelligence dans la soumission au destin ; des théosophes et des gnostiques qui prétendent se faire, par la magie et le rêve, les confidents de l’invisible ; des millénaristes qui réclament sur terre, dans l’anarchie ou le communisme, un paradis ; et les innombrables païens qui ont à peine changé aux idoles leur nom.
Si Paul revenait, il croiserait parmi les villes plus de courtisanes qu’à Corinthe ; il coaliserait contre lui, plus qu’à Éphèse, tous les marchands d’amulettes, il se buterait davantage contre la haine des puissants, l’imbécillité des foules. On calomnierait son œuvre, on la déformerait, il retrouverait les embuscades des faux frères, les schismes, et, plus sournoises, les hérésies. Ce qui lui serait amer surtout, il passerait peut-être au milieu du bruit sans que sa parole fût entendue.
Et cependant, il continuerait.
Qu’était l’Église au moment où il partit avec Barnabé pour Chypre ? Une petite secte ardente disséminée hors de quelques synagogues. Aujourd’hui, la formidable Église compte trois cent millions de croyants ; seule société spirituelle qui ait franchi vingt siècles sans varier en ses principes ni dans sa fin.
Paul donnerait son sang pour elle en 1925 comme en l’an 67, et il prêcherait encore les mêmes vérités : vivre selon l’esprit, non selon la chair, dans le Christ, au point que ce soit Lui qui vive en nous, attendre, dans la patience et l’amour, l’heure de la justice, la défaite du mal, la glorieuse Parousie.
Les âmes, pour leur paix, n’ont besoin de rien d’autre ; le mot qu’il apporterait à l’humanité défaillante serait celui qu’il dédiait aux Éphésiens :