Avant de s’embarquer, en signe d’un vœu dont nous ignorons la cause, il s’était fait tondre la tête. Dévotion juive qui frappa son entourage. Après un péril de mort ou une grande angoisse, les Juifs, pour attester au Seigneur leur gratitude, se liaient ainsi à une promesse pénitentielle ; ils s’abstenaient, pour un temps, de vin et livraient au rasoir leurs cheveux. Paul, une fois de plus, démontra qu’il n’était pas un fanatique. Là où les traditions nationales ne contredisaient point son évangile, il revenait spontanément aux pratiques de la piété juive. Ce vœu, comme plus tard, celui du nazirat, dépassait un acte de simple condescendance.
Il navigua jusqu’à Éphèse ; Éphèse communiquait avec la mer ; ce sont les alluvions du Caystre qui, peu à peu, en ont ensablé le port. Il y laissa son ami Aquilas et Prisca. Bien que des Juifs curieux de sa doctrine cherchassent à le retenir, il se remit en route dans le dessein de monter en pèlerinage à Jérusalem. On n’est pas certain qu’il ait alors accompli cet itinéraire. De Césarée, par Antioche et Tarse, il gagna le Taurus, retourna voir les églises de Phrygie et celles de Galatie.
Il savait que des missionnaires judaïsants venus, croit-on, d’Antioche, détruisaient son œuvre parmi les Galates. Paul, à les entendre, n’était pas un véritable apôtre ; est-ce que le Messie vivant lui avait, comme aux Douze, révélé toute vérité ? De quel droit abrogeait-il la Loi transmise comme un patrimoine intangible ? Les gentils pouvaient-ils être sauvés sans incorporer leur salut à celui d’Israël ? Or, le signe du salut, le gage des prééminences spirituelles, c’était la circoncision. Paul, chez eux, l’avait interdite ; ailleurs il l’approuvait, puisqu’il avait fait circoncire Timothée. Donc, « pour plaire aux hommes », il modifiait son évangile !
Paul comprenait l’urgence de rétablir dans l’esprit des Galates la notion vraie de la justice, l’intelligence de la Croix.
Avant de retourner chez eux, dans un premier moment d’indignation et d’inquiétude, il leur envoya son épître, d’Éphèse, semble-t-il, en 53 ou 54.
Elle débute par des apostrophes, comme l’avertissement d’un père à de grands enfants indociles :
« Même si nous, ou un ange venu du ciel vous annonçait quelque chose de contraire à l’évangile que je vous ai prêché, qu’il soit anathème ! »
Son évangile, ce n’est pas des hommes qu’il le tient, mais de Jésus-Christ. Car ils savent à quel point, jusqu’à l’heure où Dieu lui révéla son Fils, il était, plus jalousement que personne, attaché aux traditions pharisiennes.
Les Apôtres ont reconnu sa vocation ; mais est-ce parce qu’ils l’ont reconnue qu’elle est authentique ? Elle lui vient d’une révélation qui ne peut être mise en doute. Cependant Jacques, Céphas et Jean, les colonnes, ont confirmé, à lui et à Barnabé, l’apostolat des gentils.
Vise-t-il à plaire aux hommes ? Non, car il a dit à Pierre devant tous ce qu’il pensait de sa conduite. Il ne voit que Jésus crucifié, il est crucifié avec lui. Si la Loi suffisait à justifier, le Christ serait donc mort en vain.