Il revint bientôt de la Galatie à Éphèse, centre présent de son apostolat.
Éphèse, plus proche de l’Europe que Tarse et Antioche, lui semblait le nœud des routes par où les églises d’Occident se joindraient à celles de l’Asie. Dans cette métropole, tous les peuples méditerranéens se donnaient rendez-vous. Le temple d’Artémis, magnifiquement reconstruit, y ralliait des caravanes de pèlerins. On adorait là une Artémis qui n’avait rien de commun, à l’origine, avec l’Artémis hellénique ; son image primitive avait été une pierre noire tombée du ciel, un aérolithe ; elle était une divinité astrale, sans forme humaine ; puis elle devint une Artémis « aux multiples mamelles », mère des humains et des bêtes, figure de la Terre omniféconde.
Le lieu de ce temple ne se reconnaît plus maintenant qu’au tracé du péribole. Mais le théâtre, les rues, la bibliothèque témoignent d’une ville opulente, curieuse de voluptés intellectuelles.
Le théâtre, où pouvaient prendre place vingt-cinq mille spectateurs, servait à toutes les assemblées populaires. Ses gradins ébréchés s’appuient à une colline ; sur son flanc, une montagne, aujourd’hui sauvage et boisée, forme un amphithéâtre naturel qui amplifiait la résonance des voix.
La scène demeure presque intacte, avec les bases de ses colonnes, ses degrés, ses soubassements. Tout en haut des gradins, l’arche d’une porte repose encore sur ses montants. De cet endroit, une trouée entre la double ligne des hauteurs, majestueusement dessinées, laisse le regard s’en aller au loin jusqu’à la mer.
Des rues, bordées de stèles et de tombeaux, gardent leur dallage que l’on croirait tout neuf, tant la blancheur en est éblouissante. Plus bas, la bibliothèque émerge, construite à la manière d’un portique, ayant en son milieu le demi-cercle arrondi d’une abside. Les rayons qui logeaient les volumes sont encore visibles dans ses parois. Derrière, circulent des galeries soutenues par des colonnes et s’enfonçant vers des couloirs obscurs. Dans ce dédale, empilait-on des livres de sciences occultes pareils à ceux que les chrétiens voueront au bûcher public ?
Éphèse, quand il y débarqua, avait déjà entendu la parole de Dieu. Un disciple, Alexandrin d’origine, Juif converti, nommé Apollos ou Apollonios, homme instruit dans les Écritures, avait prêché à l’intérieur de la synagogue. Une foi ardente le transportait, et « il enseignait exactement ce qui concerne Jésus ». Mais, par une lacune étrange, il ne connaissait, en fait de rite baptismal, que le baptême de Jean. Il ignorait le baptême donné au nom des Trois Personnes, celui qui donne le Saint-Esprit.
Prisca et Aquilas l’écoutèrent et ils l’avertirent de son erreur avec la simplicité d’un temps où quiconque possédait la science de la foi la communiquait librement même à de plus doctes que lui.
Ils l’engagèrent, puisque Paul n’était plus à Corinthe, à l’y suppléer dans son apostolat. Ils lui donnèrent pour les fidèles de cette ville des lettres qui le recommandaient. Apollos partit aussitôt, vivement pressé par l’Apôtre lui-même[320], et, d’après le témoignage de Paul[321], nous savons qu’il acquit sur l’église de Corinthe un ascendant considérable.
[320] I Cor. XVI, 12.