[321] I Cor. I, 12 : « On dit couramment chez vous : « Moi, je suis à Paul, moi à Apollos… » Et, plus loin (III, 6) : « Moi, j’ai planté ; Apollos a arrosé. »

Si Paul, retournant à Éphèse, ne l’y trouva point, il rencontra un groupe de croyants qui avaient reçu apparemment d’Apollos une doctrine très incomplète. Comme Apollos ils ignoraient le baptême au nom du Saint-Esprit ; ils ne savaient même point que le Saint-Esprit existât. Paul leur demanda : « A quoi donc avez-vous été baptisés ? » Ils répondirent : « Au baptême de Jean. » Paul expliqua : « Jean baptisait d’un baptême de repentance en disant au peuple de croire en celui qui venait après lui, en Jésus. » Ils furent alors baptisés au nom du Seigneur Jésus. Paul leur imposa les mains et l’Esprit Saint vint sur eux ; ils parlèrent en langues et ils prophétisaient.

Cet épisode surprenant dévoile, au seuil de l’Église primitive, de petites chapelles qui professaient un christianisme simpliste, noué, pour ainsi dire, en sa croissance. Cette douzaine de demi-chrétiens vivaient hors de la prédication commune ; la descente du Paraclet sur les Apôtres n’était jamais venue à leurs oreilles. On les croirait païens d’origine plutôt que Juifs ; car des Juifs n’eussent pas eu cette ignorance de l’Esprit, du Principe vivifiant qui se mouvait sur les eaux et illuminait les visions des prophètes.

Paul, au lieu de la corriger par une preuve métaphysique, évoque simplement les rapports de saint Jean-Baptiste avec Jésus, tels que les Évangiles les présenteront. Le Christ dont il se fait le héraut est bien le Christ de l’histoire, non un être fictif construit d’après les religions gréco-orientales.

On voudrait pouvoir suivre sa catéchèse dans les disputes quotidiennes. Le journal de ses prédications, quelle chose sans prix c’eût été pour nous !

A Éphèse, selon sa méthode, elles commencèrent dans la synagogue. Mais, au bout de trois mois, là, comme ailleurs, les Juifs décrièrent, blasphémèrent son enseignement. Alors il emmena ses disciples hors du lieu de prières ; un certain Tyrannos, professeur de grammaire et de philosophie, lui loua ou lui céda la salle de son gymnase[322]. Les classes, en son école, avaient lieu le matin et finissaient vers onze heures. Paul l’occupait ensuite et, quand la chaleur n’était pas trop lourde, il y discourait, catéchisait jusqu’à la fin de l’après-midi.

[322] On voit encore à Éphèse les ruines de trois gymnases. Les salles étaient vastes, avec des hémicycles et des gradins.

Le reste de sa journée, il l’employait chez Aquilas, continuait, pour gagner son pain, à tisser des tentes ; et, le soir, il s’en allait, « de maison en maison[323] », exhortait les fidèles, instruisait les païens, suppliait « avec des larmes » les Juifs de se repentir. Jamais, semble-t-il, sa ferveur n’avait atteint une pareille violence convaincante. Il était le parfait « esclave du Seigneur ». Il se donnait si pleinement à Lui qu’il recevait de cette union une force illimitée.

[323] Actes XX, 19.

Il n’exerçait sa puissance que par ses bienfaits et en communiquant au loin sa foi. Même à son insu il opérait des guérisons : les linges qui avaient essuyé la sueur de son visage, ses tabliers de travail, si on les appliquait sur les corps des malades ou des possédés, les soulageaient merveilleusement.