Jaloux de ses pouvoirs surnaturels, des mages et des sorciers prétendaient le contrefaire. Des exorcistes juifs couraient le pays et se targuaient de les délivrer grâce à des paroles secrètes que leur famille se transmettait depuis Salomon[324]. Quelques-uns d’entre eux, les sept fils d’un prêtre ayant nom Scéva, se risquèrent à invoquer sur des malheureux que tourmentaient des mauvais esprits le nom du Seigneur Jésus :
[324] Josèphe, Antiq. VIII, II.
« Je vous adjure, commandèrent-ils, par le Jésus que Paul annonce. »
L’esprit malin répondit :
« Je connais Jésus ; et je sais qui est Paul ; mais vous, qui êtes-vous ? »
Et le démoniaque, sautant sur les exorcistes, les mordit, déchira leurs vêtements ; plus fort qu’eux tous, il les chassa de la maison, meurtris, presque nus, honteux.
Tout Éphèse commenta leur mésaventure. Aucune ville peut-être ne se vouait plus follement aux mystères de la magie ; les désœuvrés y cherchaient un passe-temps ; ils collectionnaient des livres d’incantations ; leur fantaisie s’exaltait en des expériences semblables à celles qu’Apulée décrira. Dans un pays où sévissait la trouble mysticité phrygienne, les formules magiques disposaient d’un prestige difficile à vaincre[325]. Par elles on entrait en rapport avec les Esprits maîtres de l’air et du monde souterrain ; l’invisible se faisait palpable ; l’homme contraignait les Êtres supérieurs à lui céder une parcelle de leur pouvoir, à le délivrer des maladies, à contenter ses amours ou ses haines.
[325] Plutarque dit (Symposiaca, l. VII, quest. V) que, par les mots éphésiens, on peut chasser l’obsession des malins esprits.
Beaucoup de chrétiens, avant leur baptême, s’étaient adonnés à ces pratiques ; malgré eux, ils y retournaient. Paul leur découvrit la servitude démoniaque impliquée dans l’illusion d’une puissance surhumaine. Mais les livres de magie demeuraient pour eux une tentation, et, pour d’autres, un péril. Saisis d’une sainte véhémence, ils en firent un gros tas, les brûlèrent devant toute l’assemblée. Le chroniqueur des Actes estime à cinquante mille drachmes la valeur des ouvrages anéantis de la sorte. On les vendait fort cher en raison des vertus miraculeuses que prétendaient loger leurs litanies.
Paul avait-il prescrit cette extermination ? Tout au moins il l’approuva, dussent les païens l’accuser de sauvage intolérance. Protéger l’erreur nocive lui eût semblé un crime envers la vérité. Ce que les Psaumes appellent énergiquement « la chaire de pestilence » devait maintenant disparaître, puisqu’en Jésus crucifié toute sagesse avait sa plénitude.