Paul voyait donc, à Éphèse, s’ouvrir devant lui « une porte grande et puissante[326] ». Mais il reconnaissait en même temps, et non sans tristesse : « Ceux qui s’opposent sont nombreux. » Les contradictions, les pièges, l’acharnement, la furie de ses adversaires lui avaient suggéré ce mot terrible : « Quand, à Éphèse, j’ai combattu les bêtes féroces, qu’y ai-je gagné, si les morts ne ressuscitent point[327] ? » Et nous devinons qu’il avait contre lui les Juifs implacables, les païens dévots, les faux frères qui s’évertuent à diviser et à tromper les fidèles, en attendant l’émeute de la populace déchaînée par les trafiquants du temple d’Artémis.

[326] Cor. XVI, 9.

[327] Id. XV, 32.

Pour l’heure, outre ses luttes immédiates, il soutenait le tourment de savoir, dans les autres églises, en Galatie et à Corinthe, son œuvre calomniée, déchirée, menacée d’un désastre.

De Corinthe, il reçut d’une chrétienne, Chloé, dont les gens vinrent à Éphèse[328], des nouvelles si alarmantes qu’il se disposait à courir en Achaïe. Sa présence éteindrait les scandales, remettrait au milieu de ces turbulents l’unité dans l’esprit du Christ.

[328] Id. I, 11.

Cependant, il voulait « rester à Éphèse jusqu’à la Pentecôte ». Il dépêcha aux Corinthiens Timothée avec Érastos chargés d’un message d’une admirable vigueur, sa première épître, où il réprouve les divisions des sectes, le libertinage, le désordre spirituel, et donne un ensemble de doctrines vital pour l’Église de tous les temps.

Les Corinthiens ont été comblés de dons inévaluables, puisque le témoignage du Seigneur mis en croix est fermement établi parmi eux. Qu’ils attendent en paix sa Parousie, sans chercher, comme les païens, la sagesse du monde. Ce qui est sagesse selon le monde est folie devant le Christ ; entre le monde et Dieu nul compromis n’est possible ; et « la folie de Dieu » confond la sagesse des hommes.

La parole de l’Esprit, la vie de l’Esprit, l’homme spirituel, et non le charnel la comprend. Paul, comme tous les Apôtres, n’est qu’un témoin, un dispensateur. Que les fidèles n’aillent donc pas dire : « Je suis à Paul », ou bien : « Je suis à Apollos », ou : « à Céphas »[329]. Est-ce que Paul a été crucifié pour le salut des hommes ?

[329] Il ne faudrait pas conclure de ce mot que Pierre évangélisa Corinthe. Eusèbe l’a supposé ; mais on n’en a aucune preuve. Paul veut dire exclusivement que des groupes de fidèles prétendaient suivre Pierre, comme le premier des Apôtres.