[335] Rom. XVI, 3.
Mais il demeura quelque temps abattu par cette épreuve ajoutée à toutes les autres. Les plus vaillants, certains soirs, se couchent à bout de forces. « Nous fûmes accablés, confessera-t-il, au point de ne plus savoir comment vivre[336]. » Même physiquement, il se sentait las : « L’homme extérieur, chez moi, s’en va en ruines[337]. » Il eût, par moments, crié le Psaume de la déréliction : « Mon Dieu ! Mon Dieu ! Pourquoi m’avez-vous abandonné ? De nombreux chiens m’entourent… L’assemblée des malveillants m’a cerné[338]. » Il s’était attendu à une mort prochaine et n’espérait plus rien des hommes, afin, ajoute-t-il superbement, « que nous n’ayons point confiance en nous-mêmes, mais en Dieu qui réveille les morts[339] ». Si l’homme extérieur, par moments, défaillait, à l’intérieur il se renouvelait de jour en jour[340]. « Quand je suis faible, c’est alors que je suis puissant[341]. »
[336] II Cor. I, 8.
[337] Id. IV, 16.
[338] Ps. XXI, 2-17.
[339] II Cor. I, 8.
[340] Id. IV, 16.
[341] Id. XII, 10.
Plus que jamais, il le savait, ses jours terrestres seraient un perpétuel combat contre « les bêtes fauves ». La merveille fut qu’il n’en resta pas moins doux, confiant, brûlant de charité pour ses frères.
A Rome, dans la cuve de pierre du Colisée, en me représentant les martyrs au milieu de l’arène, debout sous les huées innombrables, vis-à-vis des chiens hurlants, des ours et des hyènes qui se léchaient, j’ai compris, mieux qu’ailleurs, la rigueur magnifique de la destinée faite au chrétien : en face de lui, au dedans de lui, le monde et son implacable hostilité ; tout autour, des murailles énormes, impossibles à franchir ; une seule issue, le ciel.