XV
RETOUR EN HELLADE. L’ÉPITRE AUX ROMAINS
Rome, l’Apôtre y songeait apparemment depuis son voyage à Chypre, peut-être depuis l’heure de sa vocation : toute la gentilité ne se concentrait-elle pas dans la capitale de l’Empire ? Il en parlait souvent avec Aquilas et Prisca. Pendant son séjour à Éphèse, on avait retenu cette parole qu’il dut prononcer plus d’une fois :
« Il faut que je voie Rome aussi. »
Au début de l’épître aux Romains, il déclare solennellement :
« Dieu… m’est témoin que je fais sans relâche mémoire de vous et demande constamment dans mes prières que la voie me soit ouverte quelque jour, par la volonté divine, pour aller vers vous. »
Et les salutations finales de l’épître démontrent qu’il connaissait beaucoup de monde parmi les fidèles de Rome. Il y nomme, en premier lieu, ses amis Aquilas et Prisca. En effet, peu après lui, ils avaient quitté Éphèse où leur commerce n’était plus possible, où ils couraient le risque d’être assassinés ; et ils avaient repris le chemin de Rome, l’édit d’expulsion n’étant plus appliqué. Là, comme à Éphèse, ils réunissaient « l’église dans leur maison » et préparaient la venue de Paul.
Avant de les y rejoindre, il tenait à revoir les saints de Jérusalem, à leur donner le témoignage de l’œuvre en croissance, dans les puissantes aumônes moissonnées par toutes les églises d’Asie, de Macédoine et d’Achaïe.
Son projet initial était de visiter d’abord la Macédoine[342]. Mais, à Troas, il avait appris que les dissensions et les scandales persistaient chez les Corinthiens ; on critiquait son apostolat, on le contestait ; on lui reprochait, comme une preuve d’humeur instable, son extraordinaire promptitude à se déplacer. Il pensa que, pour l’instant, dans l’état d’accablement, d’agitation qu’il avait peine à surmonter, sa venue serait inefficace ; il aima mieux écrire. Il dicta une lettre pleine d’angoisse et de reproches qu’il confia aux mains de Tite. Si Timothée, trop timide, n’avait pas réussi à dominer le trouble des sectes, Tite peut-être réussirait mieux.
[342] II Cor. I, 15.
Cette épître de Paul a disparu, on ne sait au juste pourquoi. Mais il nous apprend qu’elle fit grande impression.