« Lors de notre arrivée en Macédoine, notre chair n’avait aucun répit, nous étions pressurés en tout : au dehors, combats ; au dedans, terreurs. Mais Dieu qui réconforte les humbles nous a consolés par l’arrivée de Tite. Et non par son arrivée seulement, mais par la consolation que vous lui aviez vous-même donnée. Il nous a fait connaître votre désir ardent [de vous amender], vos gémissements, votre zèle pour moi, en sorte que je me suis réjoui davantage. Car, si je vous ai affligés par cette lettre, je ne m’en repens point. Je m’en étais repenti d’abord ; car je vois bien que cette lettre, ne fût-ce que sur l’heure, vous a contristés. Mais, à présent, oui, je me réjouis, non pas de vous avoir contristés, mais parce que votre tristesse vous a menés au repentir[343]. »
[343] II Cor. VII, 5-9.
La lettre de Paul les avait bouleversés, puis inclinés vers de sages conseils. Tite, par ses insistances vigoureuses, en avait aidé l’action. Ils l’avaient reçu « avec crainte et tremblement », mais s’étaient soumis dans un élan d’humilité. Tite les avait, en outre, disposés « à participer au ministère en faveur des saints », à la collecte pour Jérusalem.
Quand il revint auprès de Paul, celui-ci, rasséréné devant le repentir des Corinthiens, leur adressa une nouvelle épître, celle que nous possédons comme la deuxième, la quatrième en fait[344].
[344] La première est aussi perdue, celle dont il fait mention (I Cor. V. 9) : « Je vous ai écrit (dans la lettre que vous avez) de ne point vous mêler aux fornicateurs. »
Après leur avoir dit dans une effusion pénétrante ce qu’il avait éprouvé à leur endroit, il les exhorte à se montrer généreux comme l’ont été les fidèles de Macédoine. Le passage de sa lettre où il touche ce point délicat est à la fois décisif et insinuant ; la grandeur des vues commande l’aumône et l’onction de la charité sollicite.
« Ce n’est pas en ordonnant que je parle, mais, par le zèle d’autrui, je veux éprouver la sincérité de votre amour. Vous savez la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et qu’il s’est fait mendiant à cause de vous, afin que vous deveniez riches par sa mendicité. En cette affaire, je vous donne un simple avis… Lorsque le cœur y est, chacun est le bienvenu, s’il donne en proportion, non de ce qu’il n’a pas, mais de ce qu’il a. Pour que d’autres soient dans l’aisance, il ne faut pas que vous soyez dans la gêne ; mais, selon l’équilibre, que votre abondance d’à présent subvienne à leur indigence, afin qu’à son tour leur abondance subvienne à votre indigence. »
Il stimule par l’amour-propre leur libéralité : « Si les Macédoniens, qui peuvent venir avec nous, trouvaient que vous n’êtes point prêts, nous serions couverts de confusion (je ne parle pas de vous). » Mais il s’élève infiniment au-dessus des petites habiletés d’un quêteur ; il fait appel à autre chose qu’à l’intérêt bien entendu ; il voit dans l’aumône une communication ineffable de l’amour divin. En tendant la main pour Jérusalem, il fait sentir qu’il donne beaucoup plus qu’il ne reçoit.
Ses explications laissent entrevoir les difficultés d’une telle collecte. Elle paraissait toute simple aux Juifs convertis ; pour eux, elle reprenait avec un autre sens la coutume séculaire des Israélites de la diaspora, envoyant au Temple leurs offrandes annuelles[345]. Les païens baptisés, au contraire, s’en étonnaient. Certains avaient dû murmurer sur Paul les mots de l’éternelle suspicion : « Tout cet argent ira-t-il aux pauvres de Jérusalem ? » Le propos était revenu à ses oreilles ; voilà pourquoi il prévient qu’il a grand souci d’éviter les moindres soupçons[346] ; et il adjoint aux quêteurs un frère « dont il a, en maintes circonstances, éprouvé le zèle ».
[345] Pour désigner les frères qu’on chargera de porter la collecte à Jérusalem, il emploie le mot d’apôtres consacré chez les Juifs pour ces sortes de messagers.