[346] VIII, 20-21.

S’il prend ces précautions, est-ce vaine inquiétude de passer aux yeux des hommes pour ce qu’il n’est pas ? Ses ennemis pouvaient déformer, amoindrir tous ses actes. En soi, la chose était sans importance. Mais les calomnies propagées sur sa conduite gênaient l’efficacité de son apostolat. Aussi l’ensemble de cette épître est-il une sorte d’apologie, singulièrement précieuse. Bénis soient les détracteurs de Paul qui nous ont valu cette réplique poignante et fière, la confession des souffrances et des visions du Saint !

Ses ennemis, ceux qu’il appelle ironiquement les archi-apôtres, « les plus que trop apôtres », ou, sans ironie, les faux apôtres, des missionnaires cupides, hypocrites dans leurs diatribes, l’accusaient de contradiction et de faiblesse.

« Ses lettres, insinuaient-ils, sont pesantes et fortes ; devant vous il sera faible, comme anéanti. »

Peut-être avait-il en effet des inégalités d’humeur et d’attitude ; comme un malade qu’il était, il subissait des crises d’accablement ; son éloquence, qu’il déclare médiocre, montrait des hauts et des bas ; il obéissait à des impulsions paradoxales que les malveillants déclaraient contradictoires. Toutes ses pensées étaient asservies « à l’obéissance au Christ ».

Mais il avertit les Corinthiens qu’ils le trouveront tel de près que de loin. Si, par lui-même, il est faible, le Christ, tout-puissant, lui prête sa force.

Il rétorque les griefs, accusant à son tour ceux qui devraient se taire et s’humilier. Lui en veut-on d’avoir prêché gratuitement, sans être à charge à personne ? Il donne à entendre que les faux apôtres, eux, exigent des fidèles au delà de leurs besoins.

On lui reprochait de se glorifier, de faire trop valoir la puissance qu’il tenait du Christ. Il se vante de mériter ce blâme ; car ce n’est pas sa personne qu’il glorifie. Il pourrait se targuer de ses avantages selon la chair. Il est Juif, de race pure et de bonne lignée. Il a plus travaillé que nul autre pour le Christ, enduré plus de fatigues et d’opprobres. Il a été comblé de révélations et de visions. Mais il ne veut se glorifier que dans son infirmité ; et, s’il se justifie, ce n’est pas devant les hommes : « Nous disons toutes ces choses, ô bien-aimés, en face de Dieu, pour votre édification[347]. »

[347] Entre le début et la fin de cette épître, l’exégèse négative s’est plu à grossir une opposition qui n’en rompt aucunement l’unité. Si, au ch. II, le ton annonce des dispositions indulgentes, tandis qu’au dernier il avertit : « Je ne vous ménagerai pas », la conclusion, quelques lignes ensuite, n’en est pas moins pleine de douceur : « Tout mon désir est de ne pas avoir à user de sévérité, quand je viendrai, mais du pouvoir que le Seigneur m’a donné pour édifier et non pour détruire. »

Il annonce aux Corinthiens sa visite. Pour la troisième fois il ira les voir. Il avait donc fait chez eux un deuxième séjour, dont nous ne savons rien, si ce n’est par l’allusion d’ici, toute fugitive. Et, sur sa troisième venue, les Actes ne nous apprennent qu’une chose : il demeura trois mois à Corinthe, les trois mois de la mauvaise saison où l’on ne pouvait naviguer.