A Rome, ainsi que partout, les Juifs s’acharnaient à gagner des prosélytes. Ils travaillaient, sans le savoir, pour la foi chrétienne. Quand elle fut annoncée dans une synagogue, les craignant Dieu, plus que les Juifs, ouvrirent leur cœur. Paul, après son arrivée à Rome, réunira « les principaux des Juifs », les personnages importants d’une synagogue ; ils se donneront l’air de ne pas connaître, même par ouï-dire, sa doctrine. Cependant son épître atteste que, parmi les chrétiens, les Juifs convertis étaient en nombre.

Entre la synagogue et l’église d’âpres conflits avaient certainement éclaté ; les Juifs avaient dû se porter à des violences ; la police s’en était mêlée ; Claude, pour se débarrasser des Juifs, avait signé son édit, fait expulser les uns et les autres. Mais, bientôt, Juifs et chrétiens étaient revenus ; et l’église romaine prospérait, puisque Paul, au début de l’épître, peut lui donner cette louange :

« On publie votre foi dans l’univers entier. »

Quel apôtre avait d’abord évangélisé les Romains ?

La tradition veut que Pierre ait fait à Rome un premier séjour, dès l’an 44. Aucun document ne l’infirme. Nous sommes néanmoins assurés qu’à l’époque où Paul écrivit aux Romains, Pierre avait quitté Rome. Autrement Paul aurait fait allusion à sa présence ; il se fût même dispensé de superposer son enseignement à celui d’une des « colonnes ».

S’il eut l’inspiration et la volonté d’un tel message, on peut en découvrir le motif immédiat dans l’admonition qui le conclut :

« Je vous exhorte, frères, à vous méfier de ceux qui font des scissions et des scandales, contrairement à la doctrine que vous avez reçue ; et détournez-vous d’eux. Ces gens-là ne servent pas Jésus-Christ, mais leur ventre ; et par des mots honnêtes et de beaux discours ils trompent les cœurs simples. Votre obéissance est connue de tous. Je me réjouis donc à votre sujet. Mais je veux que vous soyez sages pour le bien, purs à l’égard du mal[352]. »

[352] XVI, 17.

Paul a vu les schismes et les scandales désoler d’autres églises ; il voudrait en préserver pour l’avenir l’admirable église romaine. Les deux fléaux à redouter seraient une régression vers l’idolâtrie ou, comme chez les Galates, une propagande judaïsante. C’est pourquoi il établit avec une force irréfutable ces deux vérités :

L’homme n’est point sauvé par sa justice naturelle, puisque les païens, ayant pu connaître Dieu, ont cependant glissé vers toutes les erreurs de l’esprit, vers les égarements des sens les plus ignominieux. Il n’est point sauvé non plus par les observances de la Loi ; les Juifs ont la Loi, mais ils la transgressent. Donc, seul vivra, celui qui est juste en vertu de la foi ; car il tient de la grâce la vie sanctifiante. Qu’il soit né Juif ou gentil, c’est Dieu qui le justifie :