« Ceux qu’il a distingués d’avance, il les a prédestinés pour être conformes à l’image de son Fils, afin qu’il soit un premier-né parmi un grand nombre de frères. Ceux qu’il a prédestinés, il les a appelés ; ceux qu’il a appelés, il les a justifiés ; ceux qu’il a justifiés, il les a (d’avance) glorifiés[353]. »

[353] VIII, 29-30.

Autour de ces idées cardinales — elles soutiennent toute sa doctrine — Paul déploie une fresque théologique, morale, prophétique, d’une majesté, d’une profondeur inégalable. Ici, nous ne la considérons que dans ses rapports avec les milieux qu’il a transformés, avec ses sentiments et ses actes.

Une page lui suffit pour l’expression de la déchéance païenne. Il retrace, en sa terrible logique, l’obscurcissement, chez les idolâtres, de la vérité divine et la dégradation des vices. Assurément, la société romaine lui eût offert des hommes d’une haute vertu, des femmes très chastes, des âmes aussi pures qu’elles savaient l’être. Mais Tacite, Suétone, Juvénal, Apulée, certaines peintures de Pompéi commentent l’Apôtre par des documents difficiles à contester. Ce que Suétone raconte de Tibère, de Néron et de leur entourage, n’est pas une invention. Les héros de Pétrone, quand ils s’abandonnent à des perversions contre nature, sont représentés comme louables. L’amoraliste se délecte en ces turpitudes ; et chez qui les trouvait-on, dans le monde païen, condamnées ?

Paul les condamne et les explique — c’est la forte nouveauté de son jugement — en les confrontant avec la justice de Dieu. Dès que l’homme « adore et sert la créature de préférence au Créateur », dès qu’il se prend comme fin, il avilit en soi-même cette humanité qu’il déifie ; et de l’aberration charnelle procèdent l’orgueil, la cruauté, toutes les passions homicides.

Mais le Juif n’est pas au-dessus du gentil ; il est encore moins excusable, si, connaissant Dieu, il outrage par ses œuvres mauvaises des commandements auxquels il croit. Qu’il ne se flatte donc point de ses privilèges, qu’il se garde bien de vanter aux païens baptisés les avantages de la Loi, sans la foi qui vivifie les œuvres.

Paul est loin cependant de vouloir accabler les Juifs. Il engage les Gentils à rester humbles devant eux. Les oracles de Dieu furent confiés au peuple élu ; celui-ci a reçu des promesses ; elles se sont vérifiées dans la personne du Christ. Elles s’achèveront, quand Israël croira en son Rédempteur.

Faut-il admettre que Paul se propose simplement d’engager les chrétiens de Rome, en majorité païens d’origine, à ne pas mépriser les Juifs, à les honorer[354] ? Une telle pensée apparaît dans l’apostrophe au gentil[355] :

[354] Voir Lagrange, Introd. du Commentaire sur l’Épître, p. XXIX.

[355] XI, 13-25.