« Si toi, olivier sauvage, tu as été enté parmi eux… ne fais pas l’arrogant avec les branches… Ce n’est pas toi qui portes la racine, c’est la racine qui te porte. Tu vas dire : Des rameaux ont été arrachés, pour que, moi, je sois enté. C’est bien. Ils ont été arrachés à cause de leur incrédulité. Toi, tu es là par la foi. Ne va pas t’enorgueillir. Crains plutôt. »

Cette apologie d’Israël semble pourtant correspondre à quelque chose de plus intime, au tourment, qui, dès sa conversion, affligea Paul d’une sainte angoisse. Ses frères selon la chair seraient-ils disgraciés jusqu’à la fin ? Se peut-il que la promesse de Dieu reste inaccomplie ? Y a-t-il en Dieu de l’injustice ?

Toutes ses méditations sur un problème insondable, mais immense dans le plan divin comme dans les destinées humaines, Paul les abrège en ce débat pathétique.

Il a scruté les Écritures, il a pesé les mots où s’articulait la promesse :

« C’est la postérité d’Isaac qui sera ta postérité. »

L’erreur des Juifs, la sienne tant qu’il fut avec eux, était d’admettre que toute leur descendance selon la chair aurait part à la promesse. Isaac est l’enfant du miracle. Dieu reste libre en son choix ; il sauve ceux qu’il veut sauver. Qui donc lui demandera raison ?

Pour justifier le Seigneur, Paul se contente d’évoquer sa parole à Moïse : « J’aurai compassion de qui j’aurai compassion. » Que nul ne se glorifie de ses œuvres. Il serait vain « de vouloir et de courir », si l’on n’est appelé.

Dieu s’est réservé des vases « de miséricorde », des Juifs et des païens. Les autres n’ont rien à dire, car Dieu ne leur devait rien. Paul envisage moins le salut éternel de toutes les âmes que la mission collective d’un peuple[356]. Israël a cru pouvoir obtenir le salut par la justice des œuvres. Il a entendu la parole du Christ, il ne l’a pas comprise, il n’a pas voulu la comprendre. C’est pourquoi Dieu l’a endurci[357].

[356] Voir Lagrange, op. cit., p. 246.

[357] Saint Thomas, commentant ce mot paradoxal, p. 138, remarque avec son admirable perspicacité : « Dieu n’endurcit pas les hommes directement, ce qui serait causer leur malice, mais indirectement, en tant que, des choses qu’il fait dans l’homme, l’homme prend occasion de pécher, et cela, Dieu le permet… Et ceux qu’il endurcit méritent l’endurcissement. »