[359] VIII, 31-37.
Paul ne discourt pas à la façon d’un métaphysicien ni d’un moraliste lisant un morceau dans une lecture publique. Quand il parle de la faim, de la nudité, il sait par expérience ce qu’il y a sous ces mots. Quand il nomme « le coutelas », il laisse entrevoir le martyre qui achèvera sa course, et dans cette Rome qu’il fera sienne par son sang.
Il veut que la foi s’épanouisse en des actes. Ses expositions théologiques, si serrées, si subtiles qu’on se demande comment des fidèles de moyenne espèce pouvaient les comprendre, aboutissent à des préceptes d’une limpide simplicité.
Certaines de ces maximes, très générales, appartiennent au fond commun de la morale évangélique :
« Que la charité soit sans feinte. Exécrez le mal, attachez-vous au bien. Aimez-vous d’un amour fraternel les uns les autres… Bénissez ceux qui vous persécutent… Réjouissez-vous avec ceux qui se réjouissent, pleurez avec ceux qui pleurent… Frayez avec les humbles. Ne soyez point orgueilleux. »
Il en est, au contraire, qui sont des réminiscences juives de l’Ancien Testament :
« Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger. S’il a soif, donne-lui à boire. En faisant cela, tu amoncelleras sur sa tête des charbons de feu[360]. »
[360] Citation des Proverbes, XXV, 21-22. Paul ne veut pas dire qu’on doit faire du bien à ses ennemis pour les rendre aux yeux du Seigneur plus coupables et dignes de châtiment, mais qu’il faut « vaincre le mal par le bien », fléchir nos ennemis par l’évidence brûlante qu’ils seraient trop coupables s’ils résistaient à notre bonté.
D’autres exhortations paraissent ajustées à des conjonctures politiques où les fidèles de Rome pouvaient hésiter entre l’obéissance et la révolte.
Paul — et Pierre imposera les mêmes règles[361] — fait une obligation à tout chrétien « d’être soumis aux autorités supérieures ; car il n’y a point d’autorité qui ne soit de Dieu ». Pour les Juifs, le souverain véritable et unique, c’était Dieu ; les zélotes, nationalistes intraitables, dégageaient du principe cette conclusion : Dieu étant le seul maître, nous devons payer le didrachme au Temple, mais non le tribut à César[362]. Jésus avait condamné d’un mot péremptoire[363] cette intransigeance anarchique. Mais certains chrétiens pouvaient s’autoriser d’une autre parole du Maître : « Les fils sont libres[364] » et refuser l’obéissance à des princes ou à des magistrats païens. Paul entend qu’ils soient de bons sujets et des citoyens exemplaires, qu’ils le soient « par un motif de conscience », et non simplement par crainte.