Il ne les dresse point comme des rebelles en face des tyrans de ce monde ; il les met davantage en garde contre les faux ascètes, ceux qui s’abstiennent, comme les orphiques, de toute chair ayant eu vie, ou contre les judaïsants prêts à semer des schismes dans cette église romaine si tranquille et si forte.

Il s’excuse, malgré tout, d’avoir osé avertir les Romains de vérités qu’ils connaissent, qu’ils pratiquent largement. Il l’a fait, parce qu’il doit à tous les gentils « l’œuvre sacrée » de son Évangile ; il est « le prêtre[367] » de Jésus-Christ, celui qui lui présente, comme une oblation, afin qu’elle soit agréable, la foi des peuples baptisés.

[367] Le mot qu’il emploie : leitourgos indique l’accomplissement d’un office sacré.

En même temps il a voulu leur promettre sa visite autrement que par un message de circonstance ; il leur fait part de ses dons spirituels, il « ravive » en eux les vérités qu’ils ont entendues.

S’il n’est pas encore allé jusqu’à eux, c’est qu’il a dû évangéliser des régions où le Christ était inconnu. A présent, il a fait en Orient ce qu’exigeait de lui l’Esprit Saint ; il n’a plus de champ où il puisse établir des églises. L’Occident l’appelle ; il se rendra en Espagne, et Rome sera sur son chemin.

Deux fois il nomme l’Espagne ; son dessein était ferme d’atteindre l’extrémité, à l’ouest, du monde habitable, les colonnes d’Hercule. Il tient, au reste, à faire sentir qu’il ne prétend point s’approprier l’église romaine, puisque d’autres l’ont fondée.

Pour l’heure, il va entreprendre le voyage de Jérusalem. Il y portera l’offrande abondante des églises de Macédoine et d’Achaïe ; et, par là, il insinue que les Romains, à leur tour, devront songer aux pauvres de Sion. Mais il prévoit des périls sérieux :

« Je vous engage, frères, par Notre-Seigneur Jésus-Christ, et par la charité de l’Esprit, à combattre avec moi dans vos prières pour moi à Dieu, afin que je sois sauvé des mains des non-croyants, et afin que mon ministère à Jérusalem trouve bon accueil auprès des saints. »

Dans ces confidences, quel pressentiment ! Paul connaissait les haines recuites des Juifs de Judée, les méfiances accumulées même parmi les chrétiens de Jérusalem, depuis qu’il proclamait la circoncision inutile et la Loi périmée. Pourtant, il se met en route, humblement soumis, pour aller déposer aux pieds de Jacques et des presbytres les aumônes d’une charité industrieuse et patiente.

En vérité, il se jette dans la gueule du lion. C’est ici qu’il va se montrer peut-être le plus grand.