XVI
PAUL MONTE A JÉRUSALEM UNE DERNIÈRE FOIS

SON ARRESTATION

L’allusion de l’Apôtre aux embuscades juives était doublement une prophétie. Avant le complot qui l’attendait à Jérusalem, au moment de quitter Corinthe, il apprit que, sur le navire où il devait s’embarquer, des Juifs préparaient un guet-apens. Voulait-on, en mer, l’assassiner pendant la nuit, ou le précipiter par-dessus bord ? Avait-on prévenu des pirates qu’un passager, portant sur lui des sommes considérables, descendrait à telle escale, vers telle époque ?

Averti, Paul décida de voyager par terre au moins jusqu’en Macédoine. Il partit avec un certain nombre de compagnons ; leur escorte le protégerait et, comme il l’avait annoncé en écrivant aux Corinthiens[368], il s’entourait de délégués respectables qu’il s’associait pour le transport de la collecte. Nous savons les noms de plusieurs. Il y avait Timothée, le plus assidu de ses auxiliaires ; Sopatros, de Bérée, fils de Pyrrhus homme de noble race ; — c’est pourquoi son père est nommé ; — des Thessaloniciens, Aristarchos et Secundus ; Caius, de Derbé ; deux citoyens d’Éphèse, Tychique et Trophime. Nous retrouverons Trophime avec Paul dans les rues de Jérusalem, où sa présence fournira prétexte à l’émeute.

[368] I, VIII, 20.

La caravane traversa Thèbes, les Thermopyles, la Thessalie. En Macédoine, Paul s’arrêta dans la chrétienté de Philippes ; il y retrouvait tant d’affection ! Il voulait fêter là « les jours azymes ». Tychique et Trophime l’avaient devancé à Troas, peut-être afin d’y terminer la préparation de la collecte.

Le gros de la troupe prit la mer à Néapolis et, en cinq jours, atteignit Troas.

A la fin de la semaine qu’il y passa, le soir du dimanche[369], Paul assembla les fidèles « pour rompre le pain ». Comme il devait partir le lendemain, dans la matinée, il prolongea la réunion jusqu’à minuit. Beaucoup de lampes, en signe de solennité, illuminaient la salle haute, église et cénacle, qui se trouvait au troisième étage de la maison. Les lumières, l’assistance pressée ajoutaient à la lourdeur de l’air ; en cette saison, il faisait chaud déjà.

[369] Le dimanche, substitué au sabbat, s’appelait encore « le premier jour de la semaine » ; on y célébrait la résurrection du Seigneur. Dès l’Apocalypse (I, 9-11), « le jour du Seigneur » désigne le dimanche.

Un jeune garçon, nommé Eutychos, — l’homme qui a de la chance, — s’était assis au bord d’une fenêtre ouverte. Las et engourdi par la longueur du discours pieux, il céda au sommeil, se laissa choir en bas. Une clameur d’effroi coupa l’homélie de Paul ; on porta inanimé sur un lit le malheureux Eutychos ; ce n’était plus qu’un cadavre. Paul descendit en courant ; il se jeta sur le mort, comme l’avaient fait jadis Élie et Élisée[370], appliquant sa bouche sur sa bouche, ses yeux sur ses yeux, ses mains sur ses mains. Puis il se releva et dit aux parents :